16 décembre 2009

Testostérone et rôles sexuels

Une étude britannique et suisse s’attaque au mythe selon lequel la testostérone augmenterait l’agressivité, rapporte l’agence de presse Reuters. Dans un groupe de femmes qui devaient négocier pour obtenir une somme d’argent en faisant des offres, certaines ont reçu de la testostérone et d’autres un placébo. Selon le mythe, les femmes ayant eu l’hormone auraient du se montrer plus agressives et prendre davantage de risque. Or, c’est l’inverse qui s’est produit : elles ont généralement fait des offres plus équitables et réduit le risque d’échouer. « Les chercheurs estiment que ces résultats suggèrent que la testostérone augmente la sensibilité du sujet à son statut social. Chez l’animal, où le modèle dominant-dominé régit les relations au sein d’un groupe, cela peut se traduire par de l’agressivité. En revanche chez l’homme, la vie en société requiert une approche plus subtile et moins combative. »

Les chercheurs font ainsi remarquer que la testostérone est une hormone considérée comme typiquement masculine et expliquant (excusant même) l’agressivité naturelle des hommes. Cette hormone n’est pourtant pas spécifiquement masculine, puisqu’elle est aussi produite par la femme. Quant à son influence sur le comportement humain, l’étude est très claire.

Tout ça me renvoie au film documentaire que j’ai vu récemment, La Domination masculine. Cela me fait aussi penser à un thème qui était revenu plusieurs fois au cours de la dernière élection présidentielle : les femmes et la politique (et même : les femmes en politique). Enfin, troisième élément qui me vient à l’esprit : Angela Merkel. Le point commun entre tout ça, c’est l’image que l’on se fait des deux sexes, et dans laquelle la testostérone a sa part de responsabilité.

Au moment où Ségolène Royal était dans la course pour la présidence, la presse française et internationale se posait la question : quelles sont les différences fondamentales entre les hommes et les femmes dans la manière de faire de la politique ? J’ai lu quelques articles sur le sujet que je qualifierai très volontiers de romantiques. La femme, affirment leurs auteurs, est naturellement plus douce et conciliante que l’homme. Elle cherche davantage le consensus, est capable de faire abstraction de sa fierté pour le bien commun, sait mieux communiquer et dégage une aura de douceur qui sied à la politique d’aujourd’hui, qui se veut plus diplomatique. L’homme est plus agressif, plus revendicatif, plus mordant. Normal, il est saturé de testostérone, le pauvre ! La femme, c’est donc l’homme politique de demain. Il suffit pourtant de lire la biographie d’Angela Merkel pour se convaincre du contraire.

La chancelière allemande est un « monstre » politique. Ça ne se voit pas tellement, parce qu’elle a plus l’image d’une gentille dame un peu bécasse, mais Angela Merkel est une politicienne brillante. Elle a su être au bon endroit au bon moment, se débarrasser de ses adversaires politiques et s’imposer sur la scène politique allemande alors qu’elle représente une double minorité au sein d’un parti conservateur : elle vient de l’ancienne Allemagne de l’est, et c’est une femme ! Je suis à peu près certaine que ce n’est pas uniquement par la douceur qu’Angela Merkel s’est hissé en haut de la sphère politique allemande. C’est plutôt parce qu’elle en maîtrise parfaitement les rouages.

Mais ces rôles qu’on nous prête sont très pratiques pour nous enfermer dans des cases. « Les femmes sont plus douces », c’est l’argument qui conduit à préférer un homme plutôt qu’une femme pour un poste à responsabilité pour lequel le leadership et l’agressivité sont requis (les présupposées futures grossesses font également de bonnes excuses). Ça marche dans les deux sens : puisque l’homme est sensé être plus agressif et dominant, celui qui ne l’est pas voit presque sa virilité remise en cause. Il n’y a pas que les femmes qui sont discriminées par cette vision des sexes (même si les conséquences en terme de carrières ne sont pas les mêmes !). Et tout ça repose sur l’hypothèse selon laquelle les hommes sont plus agressifs que les femmes (because testostérone). Concluons sur la conclusion de Reuters :

« Michael Naef, de la Royal Holloway University de Londres, estime que l’étude suggère que cette croyance populaire est si profondément ancrée dans les mentalités qu’elle pourrait elle-même être à l’origine d’une modification du comportement. En effet, les participantes qui croyaient avoir reçu de la testostérone – alors qu’elles avaient eu un placebo – « se sont distinguées par leurs offres remarquablement inéquitables », écrivent les chercheurs. »

12 décembre 2009

Historiquement correct : Les croisades

Suite des chroniques sur le livre de Jean Sévillia, Historiquement Correct. Le second chapitre s’attaque aux croisades, vaste sujet sur lequel nous avons énormément d’idées préconçues et que nous connaissons généralement bien mal (quand je dis « nous », c’est le commun des mortels, avec une culture générale basique, ça exclut certains de mes lecteurs dont j’admire l’esprit et la culture !).

Commençons par le début : combien de croisade, quand, et par qui ? Elles sont au nombre de huit et s’étalent sur une période de près de deux cents ans, entre 1095 et 1270. Le terme « croisade » est par ailleurs postérieur aux premières croisades. On parlait de pèlerinage, passage, voyage outre-mer… Le terme n’apparaît qu’au début du 13e siècle. Il est également bon de rappeler que l’Europe est alors profondément chrétienne. Cette foi est aujourd’hui considérée avec mépris. Mais il faut souligner que la naïveté des contemporains, la dévotion populaire, la piété, l’adoration des reliques à l’authenticité douteuse et l’obscurantisme ont aussi été combattus par le pape, les évêques et le clergé.

La première croisade au nom de la foi

Les croisades sont aujourd’hui vues comme le comportement opportuniste des seigneurs, voulant piller les lieux saints, adoptant pour cela des comportements barbares et se montrant sans pitié envers leurs adversaires. Une vision en plein dans l’historiquement correct, affirme Jean Sévillia.

Il se trouve en effet que l’objectif de la première croisade est essentiellement religieux. À l’époque, les chrétiens suivent les pas du Christ dans les lieux saints : Bethléem, Nazareth et Jérusalem. Or, en 638, Jérusalem est conquise par les Arabes. Les chrétiens deviennent donc des dhimmi et doivent subir les aléas de cette condition : paiement d’un impôt spécial, interdiction de la construction de nouveaux lieux de culte. La tolérance est donc très relative. L’accès aux lieux saints, cependant, demeure.

A partir de 1009, la situation se dégrade : le calife El-Hakim ouvre la persécution contre les chrétiens et fait détruire le Saint-Sépulcre. En 1078, les Turcs musulmans s’emparent de Jérusalem et interrompent les pèlerinages.

La première croisade répond donc à une exigence exclusivement religieuse : délivrer les lieux saints. Le 27 novembre 1095, le pape Urbain II lance un appel pour « se rendre au secours des chrétiens ». C’est le peuple qui l’entend d’abord, et qui se met en marche vers l’Orient début 1096. La première croisade est donc une croisade populaire, composée de petites gens, 12 000 personnes en tout. Le 10 août 1096, cette première croisade se fait massacrer par les Turcs.

Trois ans plus tard, en juin 1099, 30 000 hommes mettent le siège devant Jérusalem, arrachée l’année précédente par les Egyptiens. Le 15 juillet, la cité tombe aux mains des Chrétiens. C’est une véritable tuerie, mais qui rend compte de la façon de fonctionner de l’époque : « les francs se sont conduits comme tous les soldats de l’époque, et notamment leurs ennemis », souligne Jean Sévillia. De même, les pillages sont considérés comme un juste paiement pour le voyage effectué. Pour les seigneurs, qui devaient entretenir soldats et petites gens, et fournir l’équipement, ces voyages étaient particulièrement coûteux, et beaucoup d’entre eux sont sortis totalement ruinés des croisades. De nombreuses terres en friches beaucoup plus proche que l’Orient promettaient bien plus de richesses. La première croisade n’a pas répondu à l’appât du gain.

Les huit croisades

Un royaume latin est institué après la prise de Jérusalem, avec Godefroi de Bouillon à sa tête. D’autres Etats chrétiens sont crées. Les croisades n’auront alors plus que pour but de renforcer ou secourir ces Etats latins implantés en Orient. Les préoccupations politiques et militaires s’ajoutent à la préoccupation morale.

Il n’y a cependant pas eu de colonies de peuplement, les francs restant à Jérusalem sont une minorité. L’essentiel retourne d’où il vient. Pour protéger les lieux saints, des ordres sont créé : les Hospitaliers en 1113, les Templiers en 1118.

Après une période de répit, les musulmans reprennent les Etats latins, au fur et à mesure, provoquant donc de nouvelles vagues de croisades.

  • Prise d’Edesse en 1144 par les musulmans de Syrie : deuxième croisade menée en 1147. Elle échoue à cause de la mésentente de l’empereur Conrad III et du roi Louis VII.
  • Prise de Jérusalem en 1187 par le sultan Saladin : troisième croisade entre 1189 et 1192, conduite par l’empereur Frédéric Barberousse, le roi de France Philippe Auguste et le roi d’Angleterre Richard Cœur de Lion. Ils n’obtiennent que la reprise des pèlerinages.
  • Le pape Innocent III lance une quatrième croisade en 1202, visant l’Egypte cette fois-ci. Mais les troupes mettront à sac Constantinople en avril 1204, et Innocent III se retrouve contraint de dénoncer ses propres troupes. Cet évènement rendra irrémédiable le schisme de 1054 entre la chrétienté latine et la chrétienté d’Orient.
  • La cinquième croisade, entre 1217 et 1221 est encore prêchée par Innocent III, et continuée par son successeur, Honorius III.
  • L’empereur Frédéric II de Hofenstaufen dirigera la sixième croisade et la reconquête de Bethléem, Nazareth et Jérusalem en 1228/1229. Mais la ville sainte est reprise en 1244 par les musulmans.
  • La septième croisade (1248-1254) vise de nouveau l’Egypte. Saint Louis est fait prisonnier et n’est libéré qu’en échange d’une rançon et de la restitution de Damiette.
  • La huitième croisade, enfin, en 1270, se solde par un désastre, car Saint Louis y trouve la mort. « En 1291, la perte de Saint-Jean-d’Acre signe la fin des établissements chrétiens en Orient », conclut Jean Sévillia.

Tolérance et intolérance

Ces deux siècles ont été des moments de confrontations importantes entre l’Orient et l’Occident, mais il y a eu aussi des moments de trêves, de paix, et de cohabitations. Des influences mutuelles se sont produites. Les Francs établis ou nés en Orient après la croisade sont appelés les Poulains, et développent une culture particulière entre éloignement de la patrie et cohabitation avec l’islam. Les chrétiens font payer un impôt aux musulmans et tolèrent leur culte. Mais les trêves sont de courte durée, tout comme les Etats latins eux-mêmes, qui durent généralement moins d’un siècle (à l’exception d’Antioche). Ceux-ci ont bénéficié d’un répit d’autant plus long que le monde musulman était lui-même divisé, sans quoi, la chute des Etats latins aurait été encore plus rapide. Il n’y a pas de tolérance au sens où on l’emploie aujourd’hui.

Les croisades restent une réponse à l’expansion de l’islam, expansion qui ne s’est pas passé dans la douceur. Saladin était un homme intelligent, « et relativement tolérant, puisqu’il arrêta le bras des fanatiques qui voulaient raser le Saint-Sépulcre », explique Jean Sévillia. Mais il a pratiqué le djihad sans scrupules ni restriction.

En 1453, c’est la prise de Constantinople par les Turcs. Jean Sévillia écrit que cela aurait du arriver dès 1090. Les croisades ont permis de donner un répit de trois siècle et demi à l’Europe, qui pendant près de quatre siècle, vit sous la menace turque. Les croisades répondent ainsi aux réalités de l’époque médiévales. Aujourd’hui, de tels actes, au nom de la religion, sont impensables. Mais à cette époque, la quasi-totalité du peuple de France était chrétien, ce dont on ne devrait pas avoir à s’excuser aujourd’hui.

25 novembre 2009

La Domination masculine

Le 25 novembre est la Journée internationale contre les violences conjugales. Le film de Patric Jean, « La Domination masculine », a donc choisi son jour pour sortir sur les écrans français. En une heure et quarante-cinq minutes, le cinéaste décortique les rouages de la domination masculine, inculquée dès la petite enfance, jusqu’à ses conséquences les plus terribles : la violence conjugale d’une part, et l’histoire de Marc Lépine, qui a abattu quatorze femmes à l’école Polytechnique le 6 décembre 1989, d’autre part.

Répartition des rôles

La distribution des rôles se fait dès l’enfance. La caméra de Patric Jean se promène dans un magasin de jouet et l’employé de l’enseigne lui sert de guide. D’un côté, explique-t-il, les déguisements de princesses et les reproductions d’objets ménagers, « pour imiter maman et ce qu’elle fait toute la journée ». De l’autre côté, des déguisements et des jouets pour garçons qui évoquent l’aventure et stimule l’imagination.

Dans les livres pour enfants, les mêmes schémas se répètent : les garçons sont représentés à l’extérieur, dynamiques, et les filles à l’intérieur, souvent à la fenêtre. « La fenêtre, c’est la culture du rêve, explique une sociologue. La fille n’a pas d’ambition et se doit d’être spectatrice, c’est une princesse qui attend une protection masculine. »

Tout est ainsi fait pour construire un homme fort et protecteur, tandis que la femme est perçue comme gentille, douce et soumise. Lors d’une séance de speed-dating, une participante explique que le rôle de la femme est de valoriser l’homme, de préférence à son insu. Devant la caméra, elles expliquent toutes chercher des hommes ambitieux et capables, et quand on leur demande ce qu’elles ont à offrir, elles proposent leurs corps et leurs talents de cuisinière. De nombreuses femmes consentent ainsi à minimiser leurs capacités pour ne pas dépasser leur compagnon.

De la domination à la violence

Le cinéaste aborde ensuite la question de la violence conjugale, intimement liée à celle de la domination. La société dans laquelle nous vivons est, selon lui, « le terreau dans lequel se plantent les histoires individuelles ». Une femme meurt sous les coups de son compagnon tous les trois jours. « Est-ce une succession de cas malheureux ? » demande-t-il.

Aux urgences, des femmes de tout âge et de toutes origines acceptent de témoigner de ce qu’elles vivent. 85% des victimes de violences conjugales sont des femmes, rappelle un policier montréalais. Denis a été l’un de ces hommes violents et lutte encore aujourd’hui contre son agressivité. Il affirme que de plus en plus d’hommes prennent conscience de leur violence et cherchent à changer. Mais cela prend énormément de temps. Il se rappelle que sa propre prise de conscience l’a profondément ébranlé, comme « un coup de poing de le ventre », mais qu’il était loin « d’en avoir fini » et lutte encore aujourd’hui.

Les contre-féministes

Le 6 décembre 1989, Marc Lépine tira sur des étudiantes de Polytechniques et en tua quatorze, « par haine des femmes et des féministes », résume Patric Jean. Cet événement, assure un homme appartenant à un mouvement contre-féministe, a été le point de départ d’une contestation de la société « matriarcale québécoise qui castrent les hommes ». De nombreux « masculinistes » condamnent ainsi « la femme Québécoise [qui] prend le rôle du mâle. Elle a tout obtenu et il ne reste plus rien pour l’homme ». « Le féminisme est un crime contre l’humanité », achève l’un d’eux.

Les féministes tentent de lutter contre ces « masculinistes », mais le combat principal, pour elles, c’est de faire tomber « l’illusion que l’égalité est acquise », particulièrement présente chez les jeunes. « C’est une révolution inachevée », affirme une militante. Un homme impliqué dans le mouvement féministe explique que l’égalité signifie une acquisition de droit pour les femmes, mais un renoncement pour les hommes. Ce qui explique qu’ils mettent au point « des stratégies pour conserver [leur] privilèges ».

Dans le quotidien 20 Minutes, Patric Jean résume la situation en ces termes : « On est passé de 0 à 10% de femmes à des postes de responsabilités. Au rythme actuel, il faudrait trois cents ans pour que le parlement français soit mixte. Côté tâches ménagères, les hommes y consentent une minute trente de plus tous les deux ans… Depuis trente ans, les femmes ont des droits équivalents aux hommes. Mais les mentalités doivent encore changer. »

Le site Internet du film : http://www.ladominationmasculine.net/

Le blog de Patric Jean :  http://patricjean.blogspot.com/

SOS BelgiqueSOS FranceSOS Québec

A lire : le livre de Pierre Bourdieu, bien sûr, au titre éponyme.

20 novembre 2009

J’aurais adoré être ethnologue…

Margaux Motin aurait voulu être ethnologue. Ou championne de pole dance. Ou celle qui parle aux animaux. Mais tout ce qu’elle sait faire, c’est dessiner, dit-elle. Pour notre plus grand bonheur !

J’ai découvert Margaux Motin par hasard, en flânant sur Internet, comme ma génération sait si bien le faire. Depuis quelques temps, je me délecte de quelques très bons blogs de dessinateurs, professionnels ou amateurs, au coup de crayon et à l’humour dévastateur. Margaux Motin, c’est la crème de la crème.

Margaux Motin est illustratrice free lance. Elle est mariée à un chauve taciturne qui a de l’humour à son insu. Ils ont une petite fille qui ressemble déjà à sa mère. Il y a aussi sa meilleure amie, ses amis, ses rencontres. Ses chaussures, ses vêtements, son addiction à la mode et au shopping. Bref, son petit monde. Réussir à raconter son quotidien et le rendre amusant et intéressant n’est pas donné à tout le monde. Mais elle exploite si bien ses petites folies qu’on ne peut s’empêcher de sourire, voire même d’éclater de rire. C’est diabolique. C’est ce qui m’a amené à acheter son livre alors que ma carte bleue me fait la tête. À la fnac, pour passer le temps, j’ai attrapé l’ouvrage aux dessins familiers que j’ai commencé à feuilleter. Fous rires obliges, le rouge m’est monté aux joues, les larmes aux yeux, et mon rimel a coulé. Impossible de ressembler à ça en public ! Impossible aussi de lâcher ce bouquin. Bref, plus qu’une solution !

J’ai reconnu immédiatement l’auteur des dessins à peine j’avais vu la couverture. Car Margaux Motin a un style très personnel, une autre raison de s’intéresser à son travail. Son dessin est maîtrisé, joli, reconnaissable et harmonieux. Il est assez caractéristique des dessins de mode que l’on trouve dans les magazines ou dans les carnets de créateurs, mais elle a su s’affranchir de ce style pour y mettre sa personnalité.

« J’aurais adoré être ethnologue » a été publié aux éditions MARAbulles et vaut amplement ses 12,90 €. Pour son blog, c’est www.margauxmotin.typepad.fr

Et tant que j’y suis à vous faire des recommandations, une petite liste non exhaustive de blog dessin à consulter quotidiennement, c’est bon pour la santé morale : Boulet est un incontournable, une star de la blogosphère qui le mérite, Martin Viger commente l’actu avec humour, Mady parle de ses madeleines, Penelope Jolicoeur trouve sa vie fascinante, Moathieu et Thorn mettent un scène un pauvre loup qui n’attrape pas de moutons, et enfin, sur Lanterne Brisée, Esther nous fait profiter de magnifiques dessins.

15 novembre 2009

Une loi contre la fessée

Edwige Antier, pédiatre et députée, va déposer une proposition de loi visant à rendre illégale la fessé et tous les châtiment corporels. Selon elle, ce type de punition ferait augmenter l’agressivité des enfants et n’aurait absolument aucune vertu pédagogique. « On ne peut plus laisser entendre que ce n’est pas grave », a dit Mme Antier, selon le quotidien Le Monde. Elle cite ainsi le Conseil de l’Europe, qui a encouragé son interdiction, ainsi que les cas allemands et suédois, preuves d’un changement des mentalités sur la question.

Cette proposition m’interpelle beaucoup. Qu’est-ce qui serait illégal exactement ? Une gifle, et un parent se retrouve dans l’illégalité ? Ou alors le parlement prévoit-il de fixer un quota ? La députée dit qu’il ne s’agit pas de mettre les parents derrière les barreaux ni de les menacer. De quoi s’agit-il alors ?

Dire que « ce n’est pas grave » est faux ? C’est pourtant le cas à mes yeux. C’est peut être naïf, au mieux, présomptueux, au pire, mais je vois mal ce qu’il y a de grave à prendre une fessé quand elle reste une punition exceptionnelle et justifiée. Combien d’adultes peuvent affirmer n’avoir jamais pris une gifle durant leur enfance ? Je parierai sur assez peu (mais je peux naturellement me tromper). Nous ne sommes pourtant pas tous des névrosés, si ? Il est capital que les parents communiquent avec leurs enfants, surtout pour leur faire comprendre leurs torts, et que la gifle ou la fessé ne soit pas la punition privilégiée à chaque bêtise. Pour autant, expliquer tous les problèmes qu’un enfant peut connaître par le fait qu’il a été un jour frappé par ses parents, c’est un raccourci bien pratique (encore une fois, je ne parle pas ici d’une violence quotidienne et systématique).

Je trouve cette proposition d’autant plus inappropriée que je comprends mal les raisons pour lesquelles elle est faite. De quoi exactement cherche-t-on à protéger les enfants ?

On ne les protègera pas de la violence, car elle n’existe pas que dans sa forme physique. De plus, quand un parent donne une fessé à son enfant, ce n’est jamais de gaité de cœur et sans raison. Quand mes parents m’ont puni, c’était toujours et uniquement dans le but de sanctionner un comportement qui était nuisible, non seulement pour les autres mais aussi pour moi. Peut être que je pousse la logique trop loin, mais par la punition, je comprenais pleinement que mon comportement n’était pas le bon, que « j’avais fait une bêtise ». Certes il y a d’autres moyens de punir et d’autres moyens de faire comprendre à un enfant ce qui ne va pas, mais la fessé n’est pas un geste de tortionnaire sadique qu’il faut criminaliser. Naturellement, et je n’insisterai jamais assez dessus, je n’encourage pas à la violence. Si ce genre de punition était efficace pour ma sœur et moi quand nous étions enfants, c’est uniquement parce qu’elle était très rare et toujours justifiée.

Récemment, j’ai vu le film « Le Ruban Blanc », et je me suis estimée chanceuse de ne pas être née à cette époque où les châtiments corporels étaient normaux et même conseillés. La violence qui se dégage de ce film n’est absolument pas réparatrice, dans le sens où la communication entre les adultes et les enfants n’existent pas, de telle sorte que les premiers semblent s’être seulement soulagés de leur colère et que les seconds ne comprennent pas leur faute et n’ont pour les adultes qu’une vague indifférence teintée de mépris. Ce genre de rapport n’est plus autorisé de nos jours. Mais interdire la fessé, c’est pousser la logique trop loin, c’est essayer de préserver les enfants et les enfermer dans un rôle de petite chose fragile qui risque de se briser sans crier gare. Quand j’étais enfant, il fallait un peu plus qu’une gifle, même non méritée, pour me traumatiser. Et chacun doit faire face à la violence du monde un jour ou l’autre. Que ce soit à l’école, l’université, ou plus tard dans le monde du travail, on se retrouve nécessairement confronté à une certaine violence psychologique, en rencontrant des gens « mauvais » et malveillants. C’est autrement plus traumatisant qu’une fessé qu’on a mérité.

2 novembre 2009

Historiquement correct – le Moyen Âge

VanderWeydenmariageAnversJe lis en ce moment – entre autres – le livre de Jean Sévillia, Historiquement correct. Je ne m’y connais pas énormément en histoire, mais j’adore ça, et ce livre est d’autant plus intéressant qu’il s’attache, chaque chapitre, à remettre les pendules à l’heure à propos d’une période historique qui fait l’objet de ce qui a donné son titre à ce livre : l’historiquement correct, c’est-à-dire une façon de voir le passé à la lumière du présent et surtout de le juger selon nos valeurs d’aujourd’hui. Ce qui est, selon Sévillia, l’erreur que doit absolument éviter l’historien. J’ai donc eu envie de partager un peu ce que j’en ai retenu, mais le mieux, c’est encore de le lire vous-mêmes !

La féodalité

Dans le premier chapitre, Jean Sévillia s’attaque à cette période très mal jugée qu’est le Moyen Âge. En effet, nous voyons généralement l’époque médiévale comme un monde obscurantiste et répressif, pratiquement barbare. Aux civilisations grecques et égyptienne le raffinement et la culture, au Moyen Âge les donjons et salles de tortures. Or, l’historien fait remarque que ce sont pourtant les premières, et non le second, qui reposaient sur l’esclavage.

L’historienne Régine Pernoud distingue quatre périodes : la première s’étend de la chute de l’empire romain à l’avènement des Carolingiens. La deuxième recouvre les deux cents ans de l’Empire carolingiens. La troisième serait l’âge féodal, du milieu du Xe siècle à la fin du XIIIe siècle. La quatrième, enfin, se compose des XIVe et XVe siècle.

Barbare médiéval

Du latin medius, le mot moyen signifie « au milieu », ce qui fait du Moyen Âge une période intermédiaire. Un intermède qui aura quand même duré plus de 1000 ans et qui recouvre des périodes très différentes et n’est pas nécessairement synonyme de stagnation. Les textes anciens sont connus, certains clercs maîtrisent aussi bien le latin que le grec, l’hébreu ou l’arabe, des cathédrales sont construites, l’architecture est recherchée, l’art, en particulier religieux, est prolixe.

« Barbare, les cathédrales gothiques d’Amiens, l’Ange au sourire de Notre-Dame de Reims, les vitraux de la Sainte-Chapelle, les chants grégoriens, les moines concevant la gamme, le rythme et l’harmonie, posant ainsi les bases de la musique occidentale, les clercs qui, au XIIIe siècle, fondent les grandes universités européennes, les astronomes et les médecins qui, en dépit d’une technique limitée, approfondissent l’apport des Grecs et des Arabes, préparant l’essor scientifique du monde moderne ? »

Barbare, le Moyen Âge ?

La situation de la femme

D’une manière générale, le Moyen Âge protège la femme, tenue pour faible et fragile. Il n’y a cependant aucune parité. Mais à la fin du XIIIe siècle, à Paris, on trouve des femmes médecins, maîtresses d’école, apothicaires, teinturières ou religieuses. Les progrès du libre choix du conjoint accompagnent la diffusion du christianisme, qui se bat pour limiter les annulations de mariage et la répudiation (coutume romaine et germanique), ce qui améliore la condition féminine.

Le mythe de la controverse au sein de l’Eglise pour savoir si les femmes avaient ou non une âme serait le fruit d’une méprise : « au synode de Mâcon, en 486, un prélat aurait soutenu « qu’on ne devait pas comprendre les femmes sous le nom d’hommes », utilisant le mot homo (être humain) avec le sens restrictif du latin vir (individu de sexe mâle). » C’est loin d’un débat qui aurait duré des siècles. Comment, dans ce cas, l’Eglise aurait-elle pu vénérer la Vierge Marie et sanctifier des femmes ?

vitraux ste chapelle L’organisation féodale

La féodalité, explique l’auteur, est un mode organisationnel tellement éloigné du nôtre, qu’il nous devient presque impossible de le comprendre. Sans être anarchique, cette société était pourtant loin d’être uniforme. Il en trace le genèse : après la chute de l’empire romain et les invasions barbares, certains hommes se sont, de fait, imposés sur un certain territoire et sont restés des pouvoirs locaux, de telle sorte que Charlemagne, en restaurant la puissance impériale, a du les reconnaître.

Jean Sévillia revient ainsi sur quelques mythes : le droit de cuissage, selon lequel le seigneur avait le droit de partager le lit d’une femme qui allait se marier, avant le mariage et le mari, n’a jamais existé. Il s’agissait en fait d’une taxe que les serfs devaient payer pour s’unir. De même, le droit de ravage, qui permet au seigneur de laisser ses chevaux ravager les champs des serfs, ou le droit de prélassement, autorisant le seigneur à faire éventrer deux serfs afin de se réchauffer les pieds dans leurs entrailles…

Le principe de vassalité nous reste cependant inintelligible : c’est un contrat d’homme à homme, qui implique le serf qui promet loyauté à son suzerain en échange de sa protection. Mais si le serf est un servant, ce n’est pas pour autant un esclave. Sa condition n’est pas aisée, mais il n’est absolument pas une chose dont le seigneur peut disposer à son gré. Il ne peut être expulsé de la terre qu’il travaille et a droit à une partie de son fruit. Il peut se marier librement et transmettre sa terre et ses biens à sa descendance. Certains hommes choisissaient volontairement le servage. Ce système disparaîtra progressivement, notamment sous l’impulsion du roi et de l’Eglise qui encourage à l’affranchissement. « A la mort de Saint Louis, écrit Jean Sévillia, le servage a pratiquement disparu en France. »

Les hommes médiévaux n’étaient pas non plus si enclins à la guerre que le mythe le prétend. Non seulement les vassaux du roi sont réticent à se battre, activité coûteuse et dangereuse, mais l’Eglise cherche aussi à maintenir un semblant de paix. Pendant la guerre de cent ans, les batailles les plus meurtrières concernent un millier d’homme. Etrange, remarque Jean Sévillia, que les hommes du XXe siècle, « dont les guerres ont provoqué des hécatombes », fassent référence au Moyen Âge comme à une époque violente.

Peu à peu, les capétiens instituent l’Etat, dont la légitimité est de moins en moins contestée et qui s’affirment aussi en face des autorités extérieures que sont l’empereur et le pape. Une communauté politique se met en place, et avec elle le sentiment national.

« Le Moyen Âge, c’est le moment où s’esquisse une aventure française qui dure depuis mille ans. L’ignorer, et caricaturer l’époque médiévale en règne de l’obscurantisme, c’est mutiler sa propre histoire. »

.Il y a sûrement beaucoup de raccourcis dans ce résumé, mais la place, le temps et la science me manque ! Les commentaires sont à la disposition de ceux qui veulent faire des rectifications !

6 octobre 2009

Coïncidences: hasard ou destin ?

lincolnAbraham Lincoln est élu au Congrès en 1846 et accède à la présidence des Etats-Unis en 1860. Un vendredi durant sa présidence, près de son épouse, il est assassiné d’une balle dans la tête. Son vice-président Johnson, né en 1808, lui succède.

John Fitzgerald Kennedy est élu au Congrès en 1946 et accède à la présidence des Etats-Unis en 1960. Un vendredi durant sa présidence, près de son épouse, il est assassiné d’une balle dans la tête. Son vice-président Johnson, né en 1908, lui succède.

L’assassin de Lincoln l’attaqua dans un théâtre avant de se cacher dans un entrepôt. L’assassin de Kennedy l’attaqua dans un entrepôt avant de se cacher dans un cinéma (theatre en anglais). Les noms des deux présidents comporte chacun sept lettres, ceux de leurs assassins, quinze lettres, ceux de leurs vice-présidents, treize lettres. Kennedy est mort dans une voiture de marque Lincoln. Un siècle exactement sépare les deux évènements.

Toutes ses concordances sont surprenantes et il paraît difficile de croire qu’elles ne sont que le fruit du hasard. Pourtant, comme le souligne Jean-Louis Dessales, enseignant-chercheur en sciences cognitives et auteur d’un article intitulé « Destin ou coïncidence ? » dans Cerveau & Psycho, il est fortement improbable que quelqu’un ait orchestré l’assassinat de deux présidents américains à cent ans d’intervalles et avec autant de soins.

kennedy Reste que les coïncidences fascinent. L’explication qu’avance Jean-Louis Dessales est la suivante : ce qui nous paraît extraordinaire, c’est le décalage entre la complexité de la situation et la simplicité de la personne. Il prend un exemple parlant : rencontrer son voisin de palier dans un villages perdu au fin fond du Guatemala. « La production de l’évènement est complexe : elle demande de fixer toutes les circonstances qui ont permis de conduire votre voisin jusqu’à l’endroit de la rencontre. D’un autre côté, la situation est simple à caractériser : il y a un individu en face de vous et sa description est concise, puisque c’est votre voisin de palier. » La coïncidence nous frappe alors d’autant plus pour les gens connus, puisque ce sont les plus simples à définir.

C’est donc ce décalage qui nous alerte et nous donne à penser que le hasard n’est pas le seul responsable. Or, nous repérons ces décalages pour des raisons d’évolution. Le chercheur remonte ainsi aux hommes du Paléolithique. Si plusieurs membres d’un groupe cherchaient à en tuer un autre, ce dernier survivait s’il prenait conscience du changement de comportement de ses congénères. De même, les chasseurs devaient être attentifs au comportement de leurs proies, car repérer une régularité dans le comportement des animaux permettait d’établir des stratégies de chasse. Jean-Louis Dessales explique que ces situations présentent une diminution de la complexité cognitive, c’est-à-dire que les informations nécessaires pour les caractériser baissent : lorsqu’un groupe adopte un comportement coordonné, il devient plus facile à décrire que plusieurs comportements individuels et différenciés. Et c’est cela que nos ancêtres ont appris à identifier.

Notre fascination pour les coïncidences ne démontre donc pas d’un esprit superstitieux mais plutôt d’une intelligence attentive au niveau de complexité des situations auxquelles nous sommes confrontés. Une baisse de la complexité cognitive était ainsi un élément important pour la survie. « Toute simplicité anormale requiert notre attention, car l’enjeu peut se révéler vital. » Ayant souvent des causes réelles, le cerveau humain les associe alors systématiquement à un concours de volonté ou une raison objective. Logique, donc, que même lorsque le hasard est le seul impliqué, nous soupçonnions quelques autres desseins. Non sans raison d’ailleurs, souligne Jean-Louis Dessales, car « le monde n’est pas toujours aléatoire, et il l’est d’autant moins qu’un danger menace. »

Cet article a retenu mon attention, car, effectivement, en prenant conscience des coïncidences qui existent dans les destins de Lincoln et de Kennedy, j’ai été surprise, et je n’ai pas pu m’empêcher de penser que le hasard n’était pas la seule explication. Ce qui est pourtant sûrement le cas. Souvent, quand il nous arrive quelque chose de particuliers, on s’étonne et on a du mal à croire que c’est fortuit. On a pourtant du mal à croire à la notion de destin, qui s’apparente souvent à de la superstition. C’est pourquoi l’article était intéressant, car il donnait les clefs pour comprendre notre fascination pour ce phénomène, d’autant plus que nous avons généralement de bonnes raisons de soupçonner plus que la simple ironie du sort !

« Destin ou coïncidence ? », Jean-Louis Dessales, Cerveau & Psycho n°35 de septembre-octobre.

19 août 2009

Twilight, vampires et fascination

la-copertina-di-entertainment-dedicata-a-twilight-82115 Un article du quotidien québécois Le Devoir daté du 27 juillet s’interroge sur la vague Twilight et le mouvement vampire qui, apparemment, fascine les femmes du monde entier. «Ecrites par des femmes, lues par des femmes», ces séries à fort taux d’hémoglobine, mêlant fantastique et romance, seraient une nouvelle façon «post-féministe» de prendre le pouvoir, selon Amy Clarke, maître de conférences à l’université de Californie à Davis (UCD) et spécialiste de la littérature de science-fiction. Une manière aussi d’échapper à un monde qui fait peur et de se rassurer par la lecture.

Depuis la sortie du premier tome en 2005, la saga Twilight (crépuscule en anglais), de l’américaine Stephenie Meyer a été écoulée à plus de 53 millions d’exemplaires dans le monde. Elle peut d’ors et déjà prendre sa retraite à Bali !

Ayant lu les livres et vu le film, je ne peux m’empêcher d’être interloquée devant l’enthousiasme des fans tout en n’étant pas vraiment surprise de l’ampleur du phénomène.

Le livre

twilight-livre

Premièrement, et n’en déplaise aux fans, il est mal écrit. Le style est lourd et maladroit, on sent que le texte n’est pas assez travaillé, qu’elle a écrit en laissant sa plume suivre ses pensées sans essayer de leur donner contenance et cohérence. Le terme «marmoréen», qui qualifie les vampires, doit revenir une bonne quinzaine de fois par chapitre. Elle ne se lasse pas de nous dire à quel point le héros est beau, à quel point l’héroïne l’aime (et réciproquement). Et au fur et à mesure des tomes, elle met autant de difficultés que possible sur leur route, pour que leur amour soit plus déchirant et plus méritant, plus «vrai». L’amour avec un A capital, le seul, celui pour lequel on sacrifie tout.

Ne vous trompez pas: je critique, certes, mais pour une raison qui m’échappe je n’ai pas pu fermer les livres avant d’avoir lu la dernière ligne. Et je les ai relu aussitôt. J’ai engouffré le second tome en l’espace d’une soirée et d’une nuit. Aussi mal écrit soient-ils, il y a quelque chose qui attrape la lectrice encore mieux que du papier-mouche une drosophile. Malgré mes haussements de sourcils, le livre a réussi à atteindre mon côté romantique. Il ne restera pas dans mes annales, je comprends néanmoins l’engouement des adolescentes qui cherchent l’amour, cherchent à le comprendre, se demandent s’il existe vraiment dans une société marquée par l’hypersexualisation et le divorce. Quand aux femmes plus mûres, l’érotisme sous-jacent rappelle les premiers émois, selon Amy Clarke.

Le film

twilight Là, c’est l’incarnation du fantasme. On a à l’écran ce qui faisait rêver pour la première fois. Certes, tous les goûts sont dans la nature, mais l’acteur Robert Pattinson, qui joue le héros, fait plus ou moins l’unanimité parmi la gent féminine ! Certains ont été déçus par le film, car il manque des choses et les relations ne sont pas aussi développées (avec les personnages secondaires principalement). D’un point de vue disons “technique”, j’ai apprécié les plans rapprochés qui essayent d’instaurer une certaine intimité, et la musique, belle et prenante, qui servait bien l’action. Les acteurs, quant à eux, déclenchent actuellement une véritable folie parmi les fans. Comme une sorte d’exutoire. Naturellement, lors d’une dédicace avec l’auteur, hurler d’excitation est un peu déplacé. Mais les acteurs, ce sont les incarnations des personnages qui font rêver, et ils deviennent donc l’objet du même culte. Les deux identités – personnage et personne – ne sont alors plus clairement distinguées.

h_4_ill_1137932_twilight-bis Sur le blogue de Raymond Viger, dans les commentaires d’un article sur le phénomène Twilight, plusieurs soulignent encore l’aspect romantique de l’histoire. Je finirai là-dessus, car c’est probablement ce qui me laisse le plus perplexe. Si le premier tome reste crédible, dès le deuxième, l’auteur érige de plus en plus de barrières pour faire obstacle à l’amour de ses héros. Finalement, on en arrive à l’idée que le véritable amour, c’est celui pour lequel on doit se battre contre vents et marées, qui doit même défier les lois de l’univers, qui relève du miracle. J’ai presque envie de dire, le «vrai» amour n’existe pas, ou alors est réservé à une minuscule minorité de «chanceux». C’est une définition de l’amour qui me gène, car j’ai l’impression qu’elle dévalorise une relation normale, qui se contente d’apporter du bonheur au quotidien. Je ne suis pas philosophe, mais j’adorerai lire l’avis de l’un deux sur ces deux visions de l’amour. Naturellement, c’est une fiction dont le but est d’émouvoir. Mais tout le monde ne fait pas toujours la différence entre fiction et réalité. Ce qui me fait bien plus rêver que ce couple humain-vampire, ce sont deux petits vieux complices et amoureux qui profitent de la vie et sont heureux du quotidien.

Quelques liens

Le site officiel

Le blog Twilight-fascination

Le blog Mania-Twilight

(Avec ça, vous ne devriez pas avoir trop de mal à vous tenir au courant de ce qu’il se passe dans l’univers Twilight !)

13 août 2009

Skateboard en Afghanistan

Les talibans l’avaient interdit et depuis leur chute en 2001, il revient dans les rues de Kaboul, offrant un spectacle inhabituel aux passants: le skateboard reprend ses droits dans la capitale afghane!

Skateistan, école de skate

C’est le projet de Oliver Percovitch, un australien de 34 ans qui a ouvert la première école de skateboard du pays, nommée Skateistan, contraction de «skateboard» et «Afghanistan.» Arrivé en 2007 sans plan concret, son skateboard sous le bras, il passe ses journées à dévaler les rues de Kaboul. La fascination des enfants pour la planche à roulette l’intrigue. «C’est un excellent moyen d’interagir avec la jeunesse», dit-il, laquelle représente un cinquième de la population afghane.

Après des débuts difficiles, il finit par obtenir des subventions des pays occidentaux, un emplacement et l’accord des autorités pour mener à bien son projet. Bientôt, la plus grande salle du pays sportive du pays sera construite, d’une superficie de 1800 m, qui contiendra une aire spécialement réservée au skate. Entre les cours, les enfants pourront pratiquer du sport, ce qui reste encore très marginal dans le pays.

Tyler Hicks-The New York Times Rouler contre les inégalités

Pour Percovitch, le skateboard est un moyen «d’injecter un peu de normalité dans la vie marquée par la guerre des enfants afghans.» C’est aussi un vecteur de rassemblement de jeunes de classes sociales très différentes, dans un pays imprégné par les inégalités.

Mirwais, un jeune de 16 ans, a quitté l’école pour travailler, afin d’aider sa famille. Depuis qu’il a rencontré Percovitch, il s’est découvert une passion et a augmenté ses revenus, en travaillant pour le projet et en réparant les planches à roulettes. «Je veux m’améliorer autant que possible et continuer à aider financièrement ma famille en faisant du skate. C’est mon future», affirme-t-il.

Les filles prennent les planches

Les filles ne sont pas en reste. «Ça me donne du courage. Dès que je commence, j’oublie toutes mes peurs», dit Maro du haut de ses 9 ans. Hadisa, 10 ans, s’est fait battre par ses grands frères pour avoir faire du skate avec des enfants pauvres. Elle explique qu’ils ont le droit, et qu’elle doit faire ce que sa famille lui demande. Maro tient le même discours, et malgré son engouement pour ce sport, elle cessera dès que sa famille l’exigera.

Percovitch est conscient que les filles sont plus limitées pour pratiquer, et c’est pourquoi il espère que la construction d’une salle non mixte permettra aux jeunes filles de continuer de rouler. Le grand-père de Maro dit vouloir laisser sa petite-fille faire du skateboard, même après ses 15 ans. Mais il souligne que la société afghane patriarcale est encore très stricte envers les femmes, conséquence directe du régime taliban. «Les hommes font ce qu’ils veulent aux femmes. Ça prendra peut-être dix ans pour que les choses soient normales pour elles.»

«Tous les enfants sont les mêmes, dit Percovitch, mais les afghans n’ont pas eu les mêmes opportunités. Ils ont besoin d’un environnement positif pour faire des choses positives pour eux et pour l’Afghanistan.»

Le site officiel de l’école: http://skateistan.org/

Source: Skateboarding in Afghanistan provides a diversion from desolation, New York Times

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Note Bene: Certains articles de ce blog ont été rédigés, à l’origine, pour le site de Reflet de Société, magazine québécois au sein duquel j’ai fait mon stage. C’est pourquoi, ça se lit, ce ne sont pas des articles d’opinion. J’ai trouvé que l’initiative de créer une école de skateboard pour les jeunes afghans était vraiment intéressante, c’est pourquoi j’ai repris le texte sur mon blog !

8 août 2009

Femmes en Iran

Sans titre Qui n’a pas suivi les évènements en Iran ? Sans nécessairement se passionner pour les manifestations, tout le monde a au moins aperçu quelques photos, lesquelles font voler en éclat l’image que la plupart des occidentaux, moi comprise, avaient du peuple iranien : soumis au pouvoir politique.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ne le sont pas ! Sans entrer dans la question de la légitimité ou non de l’intervention occidentale (parce que, franchement, même si Moussavi porte l’étiquette réformatrice, ce n’est pas exactement l’opposé d’Ahmadinejad), je trouve ces manifestations intéressantes, car elles provoquent le REUTERS-Caren Firouz débat, brassent les idées et sont tout simplement le reflet d’une génération qui refuse un système qui n’a de républicain que le nom.

Ce qui m’a le plus frappé dans les images des manifestations pro-Moussavi que l’on a pu voir, ce sont les femmes. La femme musulmane est souvent vue par le prisme occidental comme soumises, malheureuses, persécutées. Le code vestimentaire iranien régit ainsi l’habillement des femmes, lui sommant de se couvrir les cheveux et le cou. Les manifestations ont pourtant donné une autre image des femmes iranienne, capables de donner de la voix pour défendre leurs droits.

J’ai rencontré des féministes de confession musulmane, certaines voilées, d’autres non. Leur fraicheur et leur dynamisme laisse vraiment entrevoir des 3629747569_0c17932eb8améliorations tangibles. Rien n’est immuable. Elles donnent envies de croire que les choses changeront bientôt.

Enhardies par les manifestations, points levés et voile découvrant leurs cheveux, elles délaissent l’apparence pour le message qu’elles veulent faire passer. L’issue semble pourtant déjà décidée, le mouvement semble s’essoufler et Ahmadinejad fera sans trop de doute un prochain mandat. Ces quelques images ne s’effaceront pourtant pas de sitôt des esprits iraniens comme internationaux.