2 novembre 2009

Historiquement correct – le Moyen Âge

VanderWeydenmariageAnversJe lis en ce moment – entre autres – le livre de Jean Sévillia, Historiquement correct. Je ne m’y connais pas énormément en histoire, mais j’adore ça, et ce livre est d’autant plus intéressant qu’il s’attache, chaque chapitre, à remettre les pendules à l’heure à propos d’une période historique qui fait l’objet de ce qui a donné son titre à ce livre : l’historiquement correct, c’est-à-dire une façon de voir le passé à la lumière du présent et surtout de le juger selon nos valeurs d’aujourd’hui. Ce qui est, selon Sévillia, l’erreur que doit absolument éviter l’historien. J’ai donc eu envie de partager un peu ce que j’en ai retenu, mais le mieux, c’est encore de le lire vous-mêmes !

La féodalité

Dans le premier chapitre, Jean Sévillia s’attaque à cette période très mal jugée qu’est le Moyen Âge. En effet, nous voyons généralement l’époque médiévale comme un monde obscurantiste et répressif, pratiquement barbare. Aux civilisations grecques et égyptienne le raffinement et la culture, au Moyen Âge les donjons et salles de tortures. Or, l’historien fait remarque que ce sont pourtant les premières, et non le second, qui reposaient sur l’esclavage.

L’historienne Régine Pernoud distingue quatre périodes : la première s’étend de la chute de l’empire romain à l’avènement des Carolingiens. La deuxième recouvre les deux cents ans de l’Empire carolingiens. La troisième serait l’âge féodal, du milieu du Xe siècle à la fin du XIIIe siècle. La quatrième, enfin, se compose des XIVe et XVe siècle.

Barbare médiéval

Du latin medius, le mot moyen signifie « au milieu », ce qui fait du Moyen Âge une période intermédiaire. Un intermède qui aura quand même duré plus de 1000 ans et qui recouvre des périodes très différentes et n’est pas nécessairement synonyme de stagnation. Les textes anciens sont connus, certains clercs maîtrisent aussi bien le latin que le grec, l’hébreu ou l’arabe, des cathédrales sont construites, l’architecture est recherchée, l’art, en particulier religieux, est prolixe.

« Barbare, les cathédrales gothiques d’Amiens, l’Ange au sourire de Notre-Dame de Reims, les vitraux de la Sainte-Chapelle, les chants grégoriens, les moines concevant la gamme, le rythme et l’harmonie, posant ainsi les bases de la musique occidentale, les clercs qui, au XIIIe siècle, fondent les grandes universités européennes, les astronomes et les médecins qui, en dépit d’une technique limitée, approfondissent l’apport des Grecs et des Arabes, préparant l’essor scientifique du monde moderne ? »

Barbare, le Moyen Âge ?

La situation de la femme

D’une manière générale, le Moyen Âge protège la femme, tenue pour faible et fragile. Il n’y a cependant aucune parité. Mais à la fin du XIIIe siècle, à Paris, on trouve des femmes médecins, maîtresses d’école, apothicaires, teinturières ou religieuses. Les progrès du libre choix du conjoint accompagnent la diffusion du christianisme, qui se bat pour limiter les annulations de mariage et la répudiation (coutume romaine et germanique), ce qui améliore la condition féminine.

Le mythe de la controverse au sein de l’Eglise pour savoir si les femmes avaient ou non une âme serait le fruit d’une méprise : « au synode de Mâcon, en 486, un prélat aurait soutenu « qu’on ne devait pas comprendre les femmes sous le nom d’hommes », utilisant le mot homo (être humain) avec le sens restrictif du latin vir (individu de sexe mâle). » C’est loin d’un débat qui aurait duré des siècles. Comment, dans ce cas, l’Eglise aurait-elle pu vénérer la Vierge Marie et sanctifier des femmes ?

vitraux ste chapelle L’organisation féodale

La féodalité, explique l’auteur, est un mode organisationnel tellement éloigné du nôtre, qu’il nous devient presque impossible de le comprendre. Sans être anarchique, cette société était pourtant loin d’être uniforme. Il en trace le genèse : après la chute de l’empire romain et les invasions barbares, certains hommes se sont, de fait, imposés sur un certain territoire et sont restés des pouvoirs locaux, de telle sorte que Charlemagne, en restaurant la puissance impériale, a du les reconnaître.

Jean Sévillia revient ainsi sur quelques mythes : le droit de cuissage, selon lequel le seigneur avait le droit de partager le lit d’une femme qui allait se marier, avant le mariage et le mari, n’a jamais existé. Il s’agissait en fait d’une taxe que les serfs devaient payer pour s’unir. De même, le droit de ravage, qui permet au seigneur de laisser ses chevaux ravager les champs des serfs, ou le droit de prélassement, autorisant le seigneur à faire éventrer deux serfs afin de se réchauffer les pieds dans leurs entrailles…

Le principe de vassalité nous reste cependant inintelligible : c’est un contrat d’homme à homme, qui implique le serf qui promet loyauté à son suzerain en échange de sa protection. Mais si le serf est un servant, ce n’est pas pour autant un esclave. Sa condition n’est pas aisée, mais il n’est absolument pas une chose dont le seigneur peut disposer à son gré. Il ne peut être expulsé de la terre qu’il travaille et a droit à une partie de son fruit. Il peut se marier librement et transmettre sa terre et ses biens à sa descendance. Certains hommes choisissaient volontairement le servage. Ce système disparaîtra progressivement, notamment sous l’impulsion du roi et de l’Eglise qui encourage à l’affranchissement. « A la mort de Saint Louis, écrit Jean Sévillia, le servage a pratiquement disparu en France. »

Les hommes médiévaux n’étaient pas non plus si enclins à la guerre que le mythe le prétend. Non seulement les vassaux du roi sont réticent à se battre, activité coûteuse et dangereuse, mais l’Eglise cherche aussi à maintenir un semblant de paix. Pendant la guerre de cent ans, les batailles les plus meurtrières concernent un millier d’homme. Etrange, remarque Jean Sévillia, que les hommes du XXe siècle, « dont les guerres ont provoqué des hécatombes », fassent référence au Moyen Âge comme à une époque violente.

Peu à peu, les capétiens instituent l’Etat, dont la légitimité est de moins en moins contestée et qui s’affirment aussi en face des autorités extérieures que sont l’empereur et le pape. Une communauté politique se met en place, et avec elle le sentiment national.

« Le Moyen Âge, c’est le moment où s’esquisse une aventure française qui dure depuis mille ans. L’ignorer, et caricaturer l’époque médiévale en règne de l’obscurantisme, c’est mutiler sa propre histoire. »

.Il y a sûrement beaucoup de raccourcis dans ce résumé, mais la place, le temps et la science me manque ! Les commentaires sont à la disposition de ceux qui veulent faire des rectifications !

6 octobre 2009

Coïncidences: hasard ou destin ?

lincolnAbraham Lincoln est élu au Congrès en 1846 et accède à la présidence des Etats-Unis en 1860. Un vendredi durant sa présidence, près de son épouse, il est assassiné d’une balle dans la tête. Son vice-président Johnson, né en 1808, lui succède.

John Fitzgerald Kennedy est élu au Congrès en 1946 et accède à la présidence des Etats-Unis en 1960. Un vendredi durant sa présidence, près de son épouse, il est assassiné d’une balle dans la tête. Son vice-président Johnson, né en 1908, lui succède.

L’assassin de Lincoln l’attaqua dans un théâtre avant de se cacher dans un entrepôt. L’assassin de Kennedy l’attaqua dans un entrepôt avant de se cacher dans un cinéma (theatre en anglais). Les noms des deux présidents comporte chacun sept lettres, ceux de leurs assassins, quinze lettres, ceux de leurs vice-présidents, treize lettres. Kennedy est mort dans une voiture de marque Lincoln. Un siècle exactement sépare les deux évènements.

Toutes ses concordances sont surprenantes et il paraît difficile de croire qu’elles ne sont que le fruit du hasard. Pourtant, comme le souligne Jean-Louis Dessales, enseignant-chercheur en sciences cognitives et auteur d’un article intitulé « Destin ou coïncidence ? » dans Cerveau & Psycho, il est fortement improbable que quelqu’un ait orchestré l’assassinat de deux présidents américains à cent ans d’intervalles et avec autant de soins.

kennedy Reste que les coïncidences fascinent. L’explication qu’avance Jean-Louis Dessales est la suivante : ce qui nous paraît extraordinaire, c’est le décalage entre la complexité de la situation et la simplicité de la personne. Il prend un exemple parlant : rencontrer son voisin de palier dans un villages perdu au fin fond du Guatemala. « La production de l’évènement est complexe : elle demande de fixer toutes les circonstances qui ont permis de conduire votre voisin jusqu’à l’endroit de la rencontre. D’un autre côté, la situation est simple à caractériser : il y a un individu en face de vous et sa description est concise, puisque c’est votre voisin de palier. » La coïncidence nous frappe alors d’autant plus pour les gens connus, puisque ce sont les plus simples à définir.

C’est donc ce décalage qui nous alerte et nous donne à penser que le hasard n’est pas le seul responsable. Or, nous repérons ces décalages pour des raisons d’évolution. Le chercheur remonte ainsi aux hommes du Paléolithique. Si plusieurs membres d’un groupe cherchaient à en tuer un autre, ce dernier survivait s’il prenait conscience du changement de comportement de ses congénères. De même, les chasseurs devaient être attentifs au comportement de leurs proies, car repérer une régularité dans le comportement des animaux permettait d’établir des stratégies de chasse. Jean-Louis Dessales explique que ces situations présentent une diminution de la complexité cognitive, c’est-à-dire que les informations nécessaires pour les caractériser baissent : lorsqu’un groupe adopte un comportement coordonné, il devient plus facile à décrire que plusieurs comportements individuels et différenciés. Et c’est cela que nos ancêtres ont appris à identifier.

Notre fascination pour les coïncidences ne démontre donc pas d’un esprit superstitieux mais plutôt d’une intelligence attentive au niveau de complexité des situations auxquelles nous sommes confrontés. Une baisse de la complexité cognitive était ainsi un élément important pour la survie. « Toute simplicité anormale requiert notre attention, car l’enjeu peut se révéler vital. » Ayant souvent des causes réelles, le cerveau humain les associe alors systématiquement à un concours de volonté ou une raison objective. Logique, donc, que même lorsque le hasard est le seul impliqué, nous soupçonnions quelques autres desseins. Non sans raison d’ailleurs, souligne Jean-Louis Dessales, car « le monde n’est pas toujours aléatoire, et il l’est d’autant moins qu’un danger menace. »

Cet article a retenu mon attention, car, effectivement, en prenant conscience des coïncidences qui existent dans les destins de Lincoln et de Kennedy, j’ai été surprise, et je n’ai pas pu m’empêcher de penser que le hasard n’était pas la seule explication. Ce qui est pourtant sûrement le cas. Souvent, quand il nous arrive quelque chose de particuliers, on s’étonne et on a du mal à croire que c’est fortuit. On a pourtant du mal à croire à la notion de destin, qui s’apparente souvent à de la superstition. C’est pourquoi l’article était intéressant, car il donnait les clefs pour comprendre notre fascination pour ce phénomène, d’autant plus que nous avons généralement de bonnes raisons de soupçonner plus que la simple ironie du sort !

« Destin ou coïncidence ? », Jean-Louis Dessales, Cerveau & Psycho n°35 de septembre-octobre.

19 août 2009

Twilight, vampires et fascination

la-copertina-di-entertainment-dedicata-a-twilight-82115 Un article du quotidien québécois Le Devoir daté du 27 juillet s’interroge sur la vague Twilight et le mouvement vampire qui, apparemment, fascine les femmes du monde entier. «Ecrites par des femmes, lues par des femmes», ces séries à fort taux d’hémoglobine, mêlant fantastique et romance, seraient une nouvelle façon «post-féministe» de prendre le pouvoir, selon Amy Clarke, maître de conférences à l’université de Californie à Davis (UCD) et spécialiste de la littérature de science-fiction. Une manière aussi d’échapper à un monde qui fait peur et de se rassurer par la lecture.

Depuis la sortie du premier tome en 2005, la saga Twilight (crépuscule en anglais), de l’américaine Stephenie Meyer a été écoulée à plus de 53 millions d’exemplaires dans le monde. Elle peut d’ors et déjà prendre sa retraite à Bali !

Ayant lu les livres et vu le film, je ne peux m’empêcher d’être interloquée devant l’enthousiasme des fans tout en n’étant pas vraiment surprise de l’ampleur du phénomène.

Le livre

twilight-livre

Premièrement, et n’en déplaise aux fans, il est mal écrit. Le style est lourd et maladroit, on sent que le texte n’est pas assez travaillé, qu’elle a écrit en laissant sa plume suivre ses pensées sans essayer de leur donner contenance et cohérence. Le terme «marmoréen», qui qualifie les vampires, doit revenir une bonne quinzaine de fois par chapitre. Elle ne se lasse pas de nous dire à quel point le héros est beau, à quel point l’héroïne l’aime (et réciproquement). Et au fur et à mesure des tomes, elle met autant de difficultés que possible sur leur route, pour que leur amour soit plus déchirant et plus méritant, plus «vrai». L’amour avec un A capital, le seul, celui pour lequel on sacrifie tout.

Ne vous trompez pas: je critique, certes, mais pour une raison qui m’échappe je n’ai pas pu fermer les livres avant d’avoir lu la dernière ligne. Et je les ai relu aussitôt. J’ai engouffré le second tome en l’espace d’une soirée et d’une nuit. Aussi mal écrit soient-ils, il y a quelque chose qui attrape la lectrice encore mieux que du papier-mouche une drosophile. Malgré mes haussements de sourcils, le livre a réussi à atteindre mon côté romantique. Il ne restera pas dans mes annales, je comprends néanmoins l’engouement des adolescentes qui cherchent l’amour, cherchent à le comprendre, se demandent s’il existe vraiment dans une société marquée par l’hypersexualisation et le divorce. Quand aux femmes plus mûres, l’érotisme sous-jacent rappelle les premiers émois, selon Amy Clarke.

Le film

twilight Là, c’est l’incarnation du fantasme. On a à l’écran ce qui faisait rêver pour la première fois. Certes, tous les goûts sont dans la nature, mais l’acteur Robert Pattinson, qui joue le héros, fait plus ou moins l’unanimité parmi la gent féminine ! Certains ont été déçus par le film, car il manque des choses et les relations ne sont pas aussi développées (avec les personnages secondaires principalement). D’un point de vue disons “technique”, j’ai apprécié les plans rapprochés qui essayent d’instaurer une certaine intimité, et la musique, belle et prenante, qui servait bien l’action. Les acteurs, quant à eux, déclenchent actuellement une véritable folie parmi les fans. Comme une sorte d’exutoire. Naturellement, lors d’une dédicace avec l’auteur, hurler d’excitation est un peu déplacé. Mais les acteurs, ce sont les incarnations des personnages qui font rêver, et ils deviennent donc l’objet du même culte. Les deux identités – personnage et personne – ne sont alors plus clairement distinguées.

h_4_ill_1137932_twilight-bis Sur le blogue de Raymond Viger, dans les commentaires d’un article sur le phénomène Twilight, plusieurs soulignent encore l’aspect romantique de l’histoire. Je finirai là-dessus, car c’est probablement ce qui me laisse le plus perplexe. Si le premier tome reste crédible, dès le deuxième, l’auteur érige de plus en plus de barrières pour faire obstacle à l’amour de ses héros. Finalement, on en arrive à l’idée que le véritable amour, c’est celui pour lequel on doit se battre contre vents et marées, qui doit même défier les lois de l’univers, qui relève du miracle. J’ai presque envie de dire, le «vrai» amour n’existe pas, ou alors est réservé à une minuscule minorité de «chanceux». C’est une définition de l’amour qui me gène, car j’ai l’impression qu’elle dévalorise une relation normale, qui se contente d’apporter du bonheur au quotidien. Je ne suis pas philosophe, mais j’adorerai lire l’avis de l’un deux sur ces deux visions de l’amour. Naturellement, c’est une fiction dont le but est d’émouvoir. Mais tout le monde ne fait pas toujours la différence entre fiction et réalité. Ce qui me fait bien plus rêver que ce couple humain-vampire, ce sont deux petits vieux complices et amoureux qui profitent de la vie et sont heureux du quotidien.

Quelques liens

Le site officiel

Le blog Twilight-fascination

Le blog Mania-Twilight

(Avec ça, vous ne devriez pas avoir trop de mal à vous tenir au courant de ce qu’il se passe dans l’univers Twilight !)

13 août 2009

Skateboard en Afghanistan

Les talibans l’avaient interdit et depuis leur chute en 2001, il revient dans les rues de Kaboul, offrant un spectacle inhabituel aux passants: le skateboard reprend ses droits dans la capitale afghane!

Skateistan, école de skate

C’est le projet de Oliver Percovitch, un australien de 34 ans qui a ouvert la première école de skateboard du pays, nommée Skateistan, contraction de «skateboard» et «Afghanistan.» Arrivé en 2007 sans plan concret, son skateboard sous le bras, il passe ses journées à dévaler les rues de Kaboul. La fascination des enfants pour la planche à roulette l’intrigue. «C’est un excellent moyen d’interagir avec la jeunesse», dit-il, laquelle représente un cinquième de la population afghane.

Après des débuts difficiles, il finit par obtenir des subventions des pays occidentaux, un emplacement et l’accord des autorités pour mener à bien son projet. Bientôt, la plus grande salle du pays sportive du pays sera construite, d’une superficie de 1800 m, qui contiendra une aire spécialement réservée au skate. Entre les cours, les enfants pourront pratiquer du sport, ce qui reste encore très marginal dans le pays.

Tyler Hicks-The New York Times Rouler contre les inégalités

Pour Percovitch, le skateboard est un moyen «d’injecter un peu de normalité dans la vie marquée par la guerre des enfants afghans.» C’est aussi un vecteur de rassemblement de jeunes de classes sociales très différentes, dans un pays imprégné par les inégalités.

Mirwais, un jeune de 16 ans, a quitté l’école pour travailler, afin d’aider sa famille. Depuis qu’il a rencontré Percovitch, il s’est découvert une passion et a augmenté ses revenus, en travaillant pour le projet et en réparant les planches à roulettes. «Je veux m’améliorer autant que possible et continuer à aider financièrement ma famille en faisant du skate. C’est mon future», affirme-t-il.

Les filles prennent les planches

Les filles ne sont pas en reste. «Ça me donne du courage. Dès que je commence, j’oublie toutes mes peurs», dit Maro du haut de ses 9 ans. Hadisa, 10 ans, s’est fait battre par ses grands frères pour avoir faire du skate avec des enfants pauvres. Elle explique qu’ils ont le droit, et qu’elle doit faire ce que sa famille lui demande. Maro tient le même discours, et malgré son engouement pour ce sport, elle cessera dès que sa famille l’exigera.

Percovitch est conscient que les filles sont plus limitées pour pratiquer, et c’est pourquoi il espère que la construction d’une salle non mixte permettra aux jeunes filles de continuer de rouler. Le grand-père de Maro dit vouloir laisser sa petite-fille faire du skateboard, même après ses 15 ans. Mais il souligne que la société afghane patriarcale est encore très stricte envers les femmes, conséquence directe du régime taliban. «Les hommes font ce qu’ils veulent aux femmes. Ça prendra peut-être dix ans pour que les choses soient normales pour elles.»

«Tous les enfants sont les mêmes, dit Percovitch, mais les afghans n’ont pas eu les mêmes opportunités. Ils ont besoin d’un environnement positif pour faire des choses positives pour eux et pour l’Afghanistan.»

Le site officiel de l’école: http://skateistan.org/

Source: Skateboarding in Afghanistan provides a diversion from desolation, New York Times

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Note Bene: Certains articles de ce blog ont été rédigés, à l’origine, pour le site de Reflet de Société, magazine québécois au sein duquel j’ai fait mon stage. C’est pourquoi, ça se lit, ce ne sont pas des articles d’opinion. J’ai trouvé que l’initiative de créer une école de skateboard pour les jeunes afghans était vraiment intéressante, c’est pourquoi j’ai repris le texte sur mon blog !

8 août 2009

Femmes en Iran

Sans titre Qui n’a pas suivi les évènements en Iran ? Sans nécessairement se passionner pour les manifestations, tout le monde a au moins aperçu quelques photos, lesquelles font voler en éclat l’image que la plupart des occidentaux, moi comprise, avaient du peuple iranien : soumis au pouvoir politique.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ne le sont pas ! Sans entrer dans la question de la légitimité ou non de l’intervention occidentale (parce que, franchement, même si Moussavi porte l’étiquette réformatrice, ce n’est pas exactement l’opposé d’Ahmadinejad), je trouve ces manifestations intéressantes, car elles provoquent le REUTERS-Caren Firouz débat, brassent les idées et sont tout simplement le reflet d’une génération qui refuse un système qui n’a de républicain que le nom.

Ce qui m’a le plus frappé dans les images des manifestations pro-Moussavi que l’on a pu voir, ce sont les femmes. La femme musulmane est souvent vue par le prisme occidental comme soumises, malheureuses, persécutées. Le code vestimentaire iranien régit ainsi l’habillement des femmes, lui sommant de se couvrir les cheveux et le cou. Les manifestations ont pourtant donné une autre image des femmes iranienne, capables de donner de la voix pour défendre leurs droits.

J’ai rencontré des féministes de confession musulmane, certaines voilées, d’autres non. Leur fraicheur et leur dynamisme laisse vraiment entrevoir des 3629747569_0c17932eb8améliorations tangibles. Rien n’est immuable. Elles donnent envies de croire que les choses changeront bientôt.

Enhardies par les manifestations, points levés et voile découvrant leurs cheveux, elles délaissent l’apparence pour le message qu’elles veulent faire passer. L’issue semble pourtant déjà décidée, le mouvement semble s’essoufler et Ahmadinejad fera sans trop de doute un prochain mandat. Ces quelques images ne s’effaceront pourtant pas de sitôt des esprits iraniens comme internationaux.

4 août 2009

Sorry, I don’t speak french

Dans l’édition numérique du Devoir, quotidien québécois, j’ai lu un article portant sur la perception du français par les Québécois. 90% de la population québécoise pense que le français est menacé au Québec. Au début, j’étais surprise et dubitative.

Quand je suis arrivée à Montréal, j’ai été amusée de constater que les anglicismes ne sont pas du tout les mêmes. Ma fin de semaine qui comprend le jeudi et le vendredi est leur week-end. Au cinéma, vous ne trouverez pas de pop-corn mais du maïs éclaté. Il y a des garages mais aucun parking. En revanche, ils disent « checker » pour vérifier, « canceler » remplace « annuler » et les structures de phrases empruntent parfois beaucoup à l’anglais.

Je pensais alors que Montréal était la capitale du bilinguisme français/anglais. Ma colocataire était aussi à l’aise en français qu’en anglais. Un mot dans ses conversations avec ses amis ou ses collègues pouvait faire basculer l’échange dans l’autre langue, souvent à mon plus grand embarras. Mais au fur et à mesure de mon séjour dans la Belle province, je me suis rendue compte que ma colocataire était une exception. Si la plupart des Québécois comprennent et parlent l’anglais, ils sont loin d’être bilingues. Beaucoup ne parlent même pas anglais et le refusent catégoriquement. Je trouve ça un peu dommage et, ça ne va pas plaire à mes potentiels lecteurs québécois, un peu exagéré aussi. Cela ressemblait à un comportement de bête traqué !

Un week-end (ou une fin de semaine) à Ottawa m’a conforté dans cette idée. Etant la capitale fédérale, le bilinguisme est la norme. Or, la différence avec Montréal, c’est que ce sont les anglophones qui font cette fois l’effort d’apprendre et de parler le français.

Je commence pourtant à comprendre un peu le malaise des Québécois vis-à-vis de leur langue. D’une, les politiques au fédérale parlent généralement très mal français. Vraiment. Ecouter un politicien anglophone faire un discours en français, c’est tout un spectacle. On dirait qu’ils sont ivres. De deux, il est vrai que l’anglais grignote de plus en plus Montréal. Au centre ville, dans le quartier des affaires, il y a tellement d’hommes et de femmes d’affaire non francophones que les serveurs des bars, cafés et restaurants alentours doivent impérativement maîtriser l’anglais. La langue de Molière, en revanche, est bien moins nécessaire. Il m’est arrivé plusieurs fois de tomber sur des personnes ne parlant pas français, jamais l’inverse. Leur « Sorry, I don’t speak french » qui m’étonnait au début a fini par me gêner un peu. Après tout, ils sont au Québec. Certes, le Canada a officiellement deux langues, mais non seulement la loi 101 fait du français la langue officielle du Québec, mais dans le reste du Canada, l’anglais domine et tout le monde trouve ça normal. Très franchement, tomber, en France, sur un serveur qui ne parle pas français me paraît irréaliste.

Le bilinguisme est une richesse incroyable, et les canadiens ont cette culture de parler plusieurs langues qui fait cruellement défaut à la France. Entendre autant d’anglais que de français et d’espagnole dans les rues de Montréal me plait beaucoup, je peux pourtant comprendre le malaise des Québécois. Les personnes non francophones qui s’établissent durablement au Québec devraient, je pense, faire l’effort d’apprendre la langue. Parce que le bilinguisme, c’est parler les deux langues, autant l’une que l’autre.

29 juillet 2009

Barack Obama est-il parfait ?

Barack Obama Capitol Franchement, Barack Obama, il ne vous agace pas ? Même un peu ? Non ?

Il a pourtant de quoi agacer : tout le monde l’adore, il est parfait, et il a un sourire colgate, ça suffit pour être irritant. Qu’on soit clair cependant, je le trouve pas mal du tout, surtout en tant que président. Sans parler de son programme, que je n’ai pas lu, il est, pour l’instant, très prometteur et audacieux. Dans un occident sinon islamophobe, au moins foulard-ophobe, il a affirmé que les musulmanes pouvaient s’habiller comme elles le souhaitaient. Cela pourrait s’apparenter à un geste politique à destination du monde arabe, il n’empêche qu’il fallait oser le dire (que ce soit bien ou pas d’ailleurs). De même, comme le soulignait Philarête dans les commentaires de l’un de ses billets, essayer d’aplanir la question houleuse de l’avortement en encourageant les pro- et les contre-choix à discuter, c’est presque de l’utopie, mais aussi un beau défi. S’attaquer au système de santé américain, un sujet sur lequel se sont cassé les dents plus d’un politicien, une réforme qui va prendre du temps et pourrait même remettre en cause sa réélection en 2012 si ça se passe mal, c’est définitivement audacieux.

Donc, comme président, il me plait bien. Je peux comprendre l’engouement autour de sa personne, car il est charismatique. Mais par moments, on se croirait dans un film de Walt Disney.

Dans un article de Politico repris par Courrier International, le journaliste écrit : « Disons le franchement : Barack Obama est meilleur que vous. C’est un meilleur père, car il n’hésite pas à laisser en plan les affaires du monde pour aller encourager ses filles à un match de foot ou de basket. C’est un meilleur mari, qui emmène sa femme diner à New York ou à Paris. Il a également une meilleure hygiène de vie : il grignote les légumes de son propre potager pour contrôler la taille de ses poignées d’amour. Appelons ça la politique de la perfection incarnée. » Il peut même cuisiner pakistanais et lis de la poésie ourdoue. Diantre !

Dans un sens, comment lui reprocher tout ça : chez des gens normaux, on ne trouve pas ça exceptionnel d’inviter sa femme au restaurant, de sauter une réunion de travail pour ses enfants ou de manger bio. Mais puisque c’est le président qui le fait et que les derniers occupants de la maison blanche avaient tendance à penser que le céleri était probablement le dernier hamburger de Burger King, forcément, Barack Obama a l’air parfait.

Or, les américains ne veulent pas d’un président parfait, dit le journaliste de Politico. Ils ne se sentent pas représentés par lui. Ca me rappelle le commentaire de Fantômette sur le blog de Philarête, dans lequel elle écrivait à propos de la privatisation du public. Il me semble qu’on est en plein là dedans. Après tout, pourquoi le président devrait-il être à l’image des américains (et puis dégager le profil type de l’américain est en soi un défi) alors qu’il a été élu pour sa particularité, d’une part, et que c’est sa politique qui devrait être jugée, d’autre part.

A vrai dire, la seule chose qui me gène, dans l’idée de perfection, c’est bien qu’elle n’existe pas. Ma curiosité reprend alors le dessus : mais quel est donc le vice caché de Barack Obama, ce défaut, qu’il a forcément, mais qu’on ne voit pas ? « Il fume », écrit Politico. Ah. A moins qu’il transforme tout le personnel de la maison blanche en fumeurs passifs, je n’appelle pas vraiment ça un défaut. Mais c’est la petite faiblesse qui lui donne sa part d’humanité, selon le républicain Mark McKinnon : « Cela lui donne une dimension humaine. Cela le rend plus accessible. »

25 juillet 2009

Sexe & Politique

Rien ne va plus de l’autre côté de l’Atlantique. Ce qui, d’ailleurs, m’amuse au plus haut point. Figurez-vous que les États-Unis, et plus précisément les républicains, sont en émois. Si si. Quelque chose de grave s’est passé : un sénateur et un gouverneur ont été pris en flagrant délit d’infidélité.

Le New York Times a fait un article entier sur le parti conservateur entaché par des scandales qui non seulement risquent d’affaiblir sa base électorale, mais en plus qui privent le parti de deux candidats sérieux pour l’élection présidentielle de 2012 (Barack à peine arrivé sur le trône, ils préparent le round suivant).

Cette façon qu’ont les américains de mélanger totalement vie privée et vie publique m’amuse autant qu’elle m’énerve. J’ai du coup envie de leur dire de se mêler de leurs affaires. Franchement, des infidélités de politiciens, c’est si choquant que ça ? La dernière fois que je parlais politique et cancans avec une amie, ça donnait quelque chose comme ça :

comprendre_l_infidelite_article« Une connaissance proche du PS m’a dit que ça couchait dans tous les coins là bas. Genre DSK, c’est un sacré coureur de jupons, et ce n’est pas le seul.
- Ah ?
- Oui, oui. Enfin, c’est la même chose en face. C’est le monde politique quoi.
- D’ailleurs, il n’a pas failli perdre son poste au FMI pour une histoire d’infidélité DSK ?
- Tiens, oui. »

Certes, ça sonne un peu désillusionnées, jm’en-foutiste ou que sais-je encore. J’avoue en effet que la vie sexuelle de nos politiciens (de ceux qui nous gouvernent ou de ceux qui y aspirent d’ailleurs) ne m’intéresse pas. Et ne me concerne pas non plus. C’est leur vie privée, quand ils dérapent, la presse relate, les gens s’en amusent et puis on passe à autre chose.

Mais aux États-Unis, c’est autre chose. Il faut dire que le problème – si problème il y a – ne vient pas vraiment des politiques mais de la société en elle-même.

Car le plus drôle, c’est effectivement que c’est grave qu’ils soient infidèles (ou plutôt qu’ils se soient fait attrapés), car ça peut vraiment avoir un effet sur leur électorat, puisque ce dernier est en grande partie composé d’évangélistes à cheval sur la morale. Le New York Times raconte ainsi que « toute la journée du 24 juin, [les responsables républicains] ont discuté des conséquences de ce dernier scandale néfaste pour leur parti. »

Quelqu’un de mon université qui a passé une année d’étude aux États-Unis était assez choqué de constater que les américains parlent en public de leur vie privée avec une facilité déconcertante, même quand c’est totalement inintéressant (j’ai presque envie d’écrire : surtout quand c’est totalement inintéressant). Ils se donnent également le droit d’intervenir dans la vie privée d’autrui et d’approuver ou désapprouver le comportement de tout-un-chacun. Les politiques, forcément, sont parmi les cibles privilégiées.

Comme les célébrités. Je me souviens qu’il y a quelques années, quand Britney Spears était encore pure (et vierge), une photo d’elle en train de fumer avait créé un véritable scandale, toutes les mères américaines s’indignant de l’effet du comportement hautement subversif de la chanteuse sur leurs rejetons (d’accord, les enfants sont influencés par leurs idoles, mais je ne pense pas que toute la jeunesse américaine soit devenue toxico juste parce que Brit-brit en a grillé une). A l’époque, j’avais été abasourdie par le culot de ces parents qui se permettaient de dicter la conduite de quelqu’un simplement au nom de sa visibilité médiatique.

Peut être au fond que c’est l’une des différences culturelles majeures entre les États-Unis et l’Europe. Certes, ici aussi, la société se permet de juger les uns et les autres. Mais les valeurs de base, en particulier à propos de la sexualité et des mœurs, ne sont pas du tout les mêmes, ce qui change la donne. J’avais déjà parlé dans un précédent billet cette particularité américaine de concilier les extrêmes : d’un côté, paradis du pornographique, de l’autre, terre sainte des conservateurs. Comme dirait Obélix : ils sont fous ces américains !

20 juillet 2009

A contre-Coran

vie-contre-coran Ma vie à contre-Coran est le résultat du travail précis et de l’expérience personnelle de Djemila Benhabib. Née en Ukraine, élevée en Algérie, dans une famille de scientifiques épris de liberté et de connaissance, la jeune Djemila s’enflamme très vite pour des valeurs telles que la liberté de conscience, la liberté religieuse, les droits des femmes et les droits humains. Mais dans la décennie noire de 1990, son pays connaît une islamisation qui force la famille Benhabib à l’exil, vers la France, pour échapper à la mort promise par le Front islamique du salut (FIS). Djemila finira par partir seule vers le Québec, où elle vit depuis.

L’islamisation de l’Algérie

Comment les islamistes intégristes peuvent prendre en otage un pays, imposer de nouveaux codes de vie, et instaurer une véritable terreur? Comment ces mêmes groupes, dans les sociétés occidentales, ont de plus en plus d’influence et réussissent à contrôler les populations immigrées, de sorte à créer une société dans la société qui n’obéit plus qu’à ses propres règles, celles de la Charia ? Djemila Benhabib sait tout cela sur le bout des doigts, elle l’a vécu, en direct, au fur et à mesure que la situation, en Algérie, allait de pis en pis. Écrire a cependant été une épreuve: « C’était très privé. C’était aussi très douloureux. Mais j’étais arrivée à un point de ma vie où j’avais le devoir de témoigner. Je ne l’ai pas fait pour le plaisir de raconter ma vie, mais pour que les gens sachent et comprennent, qu’ils prennent conscience des enjeux et du danger de l’islamisme politique, qu’ils décident de le combattre. »

Les fondamentalistes dans les sociétés occidentales

1994, Oran: la famille Benhabib quitte l’Algérie pour survivre, à cause des menaces de mort du FIS. Ils ont déjà perdu tellement d’amis, « de véritable trésors, humainement. » Mais arrivés en France, là où ils devaient être loin de tout fondamentalisme religieux et à l’abri, ils voient le spectre de l’islamisme politique s’insinuer dans les familles immigrées et dans la société. Djemila part alors au Québec seule, ce qu’elle vit comme une véritable renaissance. Cependant, depuis quelques années, elle constate dans son nouveau pays d’adoption le même processus que celui qu’elle avait constaté en France. Les accommodements raisonnables, une notion québécoise qui promeut l’adaptation de la norme nationale aux spécificités religieuses et culturelles des immigrants, ont été le comble.

Le danger, pour elle, est « de faire passer du politique à travers des revendications culturelles et religieuses. L’islamisme est politique, certainement pas religieux ou culturel. Le religieux appartient à la sphère privée. La société n’a pas besoin d’endosser les choix confessionnels de chacun. » Elle estime que la commission Bouchard-Taylor, qui a statué sur les accommodements raisonnables, aurait du permettre un débat sur la place de la religion dans l’espace public, ce qui n’a pas eu lieu.

« La première chose est de poser le diagnostic. Il faut reconnaître le danger et le combattre. Il est intolérable qu’aujourd’hui, au Canada, dans des caves à Montréal ou à Toronto, des imams déversent leur haine du monde occidental et appellent à la violence. Ils embrigadent les jeunes. »

Djemila Benhabib provoque le débat et les passions. Son vécu et ses positions, elle qui n’a pas peur de « se dresser contre les fous d’Allah », lui valent autant d’admiration que de haine, à tel point qu’elle a reçu des menaces de mort. Elle ne cessera pas pour autant son combat, au nom des valeurs fondamentales que sont l’égalité entre les hommes et les femmes, la liberté d’expression et la laïcité. Rencontrer Djemila Benhabib a été un privilège, une véritable leçon de tolérance et d’engagement, qui met en garde contre tous les fondamentalismes en évitant le piège des idées reçues.

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Ma vie à contre-Coran, de Djemila Benhabib, a été publié au Québec aux éditions VLB

Nota Bene: Djemila Benhabib est, c’est le moins que l’on puisse dire, une figure controversée au Québec. Quasiment dès que l’islam est abordé, elle a un point de vue, généralement assez critique à l’égard de la religion, certains diront même virulent. Je ne suis personnellement pas d’accord avec tout ce qu’elle a pu dire ou écrire. Je pense cependant que c’est vraiment une personne admirable, qui ne se tait pas malgré les menaces de mort et qui assume totalement ses opinions.

16 juillet 2009

Prostitution: qui sont les clients ?

« Ce soir, j’ai envie de thaï. » L’homme qui dit ça à visage couvert devant la caméra ne parle pas de gastronomie, mais de femmes. Dans un reportage de moins d’une heure tourné à Lille, dans le nord de la France, et en Belgique, le journaliste Hubert Dubois décortique l’identité du client de prostituées et ses motivations.

cv_prostitution_1006 Payer pour du sexe

Tous parleront à visage couvert, comme pris d’une certaine honte et conscients du mépris de la société à leur égard. Tous, sauf un, qui résume la nature de la prostituée aux yeux de ses clients. « Il y a des fois, on a envie d’une femme, ici et maintenant, mais on se retient, car c’est une femme et on la respecte. Avec une prostituée, si je veux faire quelque chose, je le fais » Cette question de respect et d’objectivation du corps humain revient perpétuellement. L’amateur de «thaï» explique à la caméra d’un air expert que « pour avoir le service complet, entrée, plat et dessert, c’est minimum 200 € . »

Presque tous utilisent ce vocabulaire cru et violent, comme s’ils parlaient d’un objet. Une seule fois un client dira « faire l’amour », les autres utilisent les synonymes les plus vulgaires les uns que les autres pour nommer un coït gênant et culpabilisant. De même, ils payent des « putes », mais pas des « femmes », une nuance caractéristique du malaise qui semblent les prendre devant la caméra inquisitrice d’Hubert Dubois.

Identité masculine

L’une des justifications principales est celle du besoin et de l’identité masculine. Par nature, un homme devrait avoir une sexualité régulière. « Après, on se sent des mecs », dit un client avec une pointe de fierté dans la voix. Un argument ridicule d’après Stéphanie, de la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES). Selon elle, il ne faut pas confondre besoin et envie, un amalgame que font pourtant les clients et qui traduit en réalité la relation de pouvoir et de domination entre eux et les « travailleuses du sexe. » C’est cette sensation de pouvoir plus qu’un véritable besoin qui conduit un client sur deux à retourner voir une prostituée après la première fois.

Une autre excuse donnée est qu’ils n’ont pas envie de « prise de tête », de complications, de jeux de séduction et de disputes. Bref, ils n’ont pas envie d’un couple. « Si je n’y allais pas, je n’aurais pas maintenue mon mariage, affirme l’un d’eux, car ma femme n’accepte pas tout. » Le recours aux prostituées permet de maintenir une relation sans implication émotionnelle mais, paradoxalement, les psychologues s’accordent pour dire qu’une grande partie des clients recherchent précisément de l’affection et de l’attention. D’où l’apparition d’un nouveau genre de prostitution, qui passe par la simulation d’un rendez-vous galant.

Pour Rhéa, militante de la CLES, ils séparent pourtant complètement l’amour du sexe. « Ce n’est pas une relation, il n’y a pas de réciprocité. Payer pour du sexe, ça veut dire que tu imposes ta sexualité à quelqu’un. » Payer permet aussi de soulager sa conscience, et de se disculper. « Après tout, personne ne les force », affirme un client.

Consentante ou contrainte?

Et pourtant, la prostitution constitue rarement un choix, mais plutôt une absence de choix. « 97% des filles font ça contraintes », affirme Ulla, ancienne prostituée chef de file des travailleuses du sexe françaises. « Ce n’est qu’une source de revenu, rien d’autre. » Les clients n’ont toutefois pas la même perception des choses. Les prostituées souffrent-elles? La plupart des clients interrogés par Hubert Dubois pensent que non. « Quand on mange un bifteck, on ne se demande pas si la vache a souffert. » Ont-elles du plaisir lors de l’acte sexuel? « Bien sûr, affirme l’un d’eux. Je peux le sentir, et puis elles se font entendre. » Certains clients posent la question mais « quand ils demandent, c’est presque une réponse qu’ils se donnent », dit Ulla.

« Ils vivent dans le déni », explique Michèle Roy, de la CLES. Tous se déculpabilisent comme ils peuvent: en mettant en avant la compensation financière, en affirmant n’aller voir que des filles consentantes qui ne travaillent pas sous la contrainte, en refusant de fréquenter des mineures… « Ce ne sont que des prétextes, tranche Michèle Roy, ils refusent de voir la réalité en face. » Un ancien client, qui a cessé de recourir aux prostituées, confirme: « l’homme aussi est coupable. Ce n’est pas normal, on n’achète pas un corps. On peut tout acheter, mais pas un corps humain. »

Les clients, reportage d’Hubert Dubois

Le site Internet de la Concertation de lutte contre l’exploitation sexuelle (CLES)