L’Europe s’attaque au rosé

Quand j’ai lu ce billet, je n’ai pas pu m’empêcher d’être horrifiée : la commission européenne voudrait que l’Europe, et ça concerne presque essentiellement la France, s’aligne sur les normes internationales en matière de vins, reconnues par l’Organisation internationale des vins (OIV), et accepte les vins rosés… issus de mélange entre vins blancs et vins rouges ! Sacrebleu, voilà donc qu’on veut toucher à l’un des piliers de la culture française !

verres_degustation_vin_universal_tasting1 Le vin rosé est normalement fait à partir de raisin rouge selon un procédé bien particulier, et certainement pas par mélange, du moins en France. Ils disposent d’un label, l’appellation d’origine contrôlée (AOC), et sont les seuls à être autorisés à la vente dans l’hexagone. Et, dans ce domaine là, la France est le premier exportateur mondial. Pour Bruxelles, cela permettrait d’affranchir l’Europe de ses “entraves œnologique”, et ainsi de faciliter les exportations, car d’autres pays exportateurs de vin, comme l’Australie et les Etats-Unis, y ont déjà recours. En d’autres termes, il faut choisir la médiocrité pour vendre plus, et tant pis pour la qualité. Bacchus s’en retournerait dans sa tombe.

J’avoue que l’idée même de la fabrication de vin rosé comme un vulgaire mélange heurte ma petite fierté de française, mais ça me donne à réfléchir : pourquoi est-ce que ça m’agace ? D’autant plus que je ne bois pas d’alcool, et que je n’aime pas le vin. Qu’il soit rosé, blanc ou rouge, je n’aime pas ça, et pourtant j’essaie d’éduquer mon palais depuis plusieurs années, car je trouve dommage de ne pas apprécier les bons vins. En fait, c’est simplement une partie de mon identité en tant que française qui refuse l’idée d’un mélange et qui voudrait apprécier le vin. La France ne brille plus vraiment à travers le monde comme elle pu le faire (et personnellement je ne vois pas en quoi c’est un problème), et elle se rabat donc sur quelques domaines dans lesquelles elle s’estime encore leader mondial, la gastronomie au premier plan. La nourriture, la cuisine, le vin… font partie de ce que la France exporte le mieux. Pour que cela soit fin, pour que cela soit bon, il faut que ça soit français. Cet égocentrisme culinaire a tendance à m’agacer. L’avantage de voyager est que ça permet, entre autres, de se rendre compte de la façon dont les gaulois sont perçus à l’étranger. Et ce n’est pas toujours très glorieux. A Berlin, des amis de l’université m’ont dit que la France était synonyme d’un certain “art de vivre” (en français dans le texte !), que les français, hommes comme femmes, avaient la réputation d’être de bons amants, et surtout, que tous s’y connaissaient des les arts culinaires et pouvaient reconnaître le domaine et l’année de production d’un vin les yeux fermés (bon, j’exagère, mais c’était ça l’idée : on est les meilleurs !). Quelle blague. Inutile de préciser que la plupart d’entre nous ne cuisinent pas comme des chefs de restaurants trois étoiles et que notre connaissance des vins est limitée. Au Québec, j’ai eu un autre son de cloche : les québécois apprécient moyennement la tendance gauloise à prétendre parler le seul français correct, mais ils sont plutôt d’accord pour dire que la cuisine française, c’est pas mal du tout ! Quand je suis à l’étranger, je me sens presque obligée de m’excuser de ne pas savoir cuisiner et de ne pas boire de vins. Et c’est parfois pesant de sentir dans les remarques des uns et des autres à quel point le français est fier de lui-même.

Cependant, ne pas être d’accord avec cette fierté mal placée ne doit pas conduire à s’auto-flageller. Quand bien même la gastronomie française n’est ni la seule, ni la meilleure du monde (comment peut-on prétendre d’une cuisine qu’elle est la meilleure ? Il n’y a pas plus subjectif que la nourriture !), elle ne vole pas sa réputation d’excellence. Avant le vin, la commission européenne a tenté de faire un sort au fromage, sous la pression des lobbies européens qui menaient une croisade de pasteurisation contre les fromages au lait cru. Peu après, c’est le chocolat qui s’est trouvé menacé par l’autorisation d’utiliser des graisses végétales au lieu du beurre de cacao. Maintenant, Bruxelles s’en prend au vin. C’est là une question de qualité : ces produits (le fromage et le vin plus que le chocolat) font parti de la culture française et il est proprement agaçant de devoir les défendre contre ce qui nous semble des hérésies. Les gens ne cesseront pas de consommer pour autant, mais la qualité, elle, baissera à coup sûr (c’est ce qu’il s’est passé pour le chocolat). Si le sujet fait monter sur ses grands chevaux, c’est parce que le vin est synonyme de tradition, de symbole et de plaisir. « Bonne cuisine et bon vin, c’est le paradis sur terre » disait Henri IV.

Le vote définitif aura lieu le 27 avril prochain. Pour en savoir plus, Thierry Savatier donne des explications claires et intéressantes de la problématique.

Mise à jour du 8 juin: l’UE a finalement renoncer à légiférer sur le vin rosé, et a décidé de maintenir le statu quo, au grand bonheur des producteurs !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s