L’Europe et la Turquie

A chaque évènement européen, la question de l’intégration ou non de la Turquie refait surface et provoque débats et controverses animés. La population européenne semble plutôt opposée à l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne. En France, le pourcentage serait de 65% de refus. Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont suivi ces sondages en privilégiant la voie d’un partenariat privilégié, qui ne manquera pas de décevoir les turques, à qui l’Europe a promis l’adhésion en 1963.

L’un des premiers arguments avancé est que la Turquie n’est pas en Europe. En effet, seulement 3% de son territoire, ça ne pèse pas bien lourd. Mais ça me paraît être l’argument qu’on utilise pour clore le vrai débat. Depuis l’Antiquité jusqu’au XXe siècle, les ponts entre la Turquie et l’Europe existent. Géographiquement, avant l’arrivée des turcs, l’Anatolie a été le berceau d’une partie de la culture européenne. Après la venue des envahisseurs, les contacts n’ont pas cessés pour autant, et se sont d’autant plus renforcés pendant la guerre froide que la Turquie était un allié important contre l’URSS.

turquie-ue-1Islam et laïcité

En réalité, l’un des principaux problèmes avec la Turquie, c’est l’islam. 71 millions d’envahisseurs ottomans venu nous «coraniser», voilà de quoi nourrir les fantasmes les plus fous de tous les frileux qui confondent religion et fanatisme. Or, la Turquie est l’un des seuls pays musulmans au monde qui soit une démocratie laïque. On peut certes avancer le fait que l’AKP, le parti au pouvoir est conservateur sur le plan religieux. Ainsi, après débats, le voile a finit par être légalisé à l’université, au grand dam des mouvements laïques.

Toutefois, la laïcité turque est très largement inspirée du modèle français et est inscrite dans la constitution. Pour rappel, un certain nombre de pays européens ne sont pas constitutionnellement laïque. La constitution allemande fait référence à Dieu, l’Autriche a conservé un impôt au bénéfice des Églises protestante et catholique, la Belgique rémunère le clergé de six religions, la constitution anglaise pose la religion anglicane comme dominante, tout comme le Danemark, la Grèce et l’Écosse, respectivement pour les Églises luthérienne, orthodoxe et presbytérienne.

En revanche, le Conseil de l’Europe, dont la Turquie est membre, rappelle la primauté de la séparation de l’Église et de l’État. Faire de la laïcité une condition sine qua none de l’intégration turque est donc un argument bancal que l’on ne brandit que quand on parle de musulmans. Or, comme toute religion, l’islam connaît de nombreux courants et d’innombrables nuances. Accepter la Turquie serait promouvoir l’idée qu’islam et laïcité sont conciliables et permettrait de jeter des ponts vers le monde musulman.

546887006.2 Turquie et droits de l’Homme

Il y a cependant toutes une série de MAIS. Le premier, c’est que l’entrée doit être subordonnée à la reconnaissance du génocide arménien de 1915. Ne pas poser cette condition me semblerait franchement scandaleux, un magnifique exemple d’à-plat-ventrisme de la part de nos dirigeants. Le Code pénal turc condamne toujours les citoyens qui s’expriment sur ce sujet, considéré comme une insulte à l’identité turque. De même, il est illégal de parler en mal d’Atatürk, fondateur et premier président de la République turque. Sans compter la question des minorités ethniques, les kurdes au premier plan, l’occupation de Chypre, condamnée par la communauté internationale, et les traitements réservés aux Chrétiens. Les droits de l’Homme et la liberté d’expression sont des domaines cruciaux dans lesquels il y a encore des progrès à faire.

Le second MAIS, c’est la vision turque de l’Europe. Avec ses 71 millions d’habitants, le pays obtiendrait un pouvoir très important au Conseil ainsi qu’au parlement européen. Or, la Turquie est très nationaliste et eurosceptique. Un sondage réalisé en avril/mai par l’Université Bahcesehir d’Istanbul révèle que 62% des turcs placent la religion musulmane comme la valeur suprême de leur vie et plus de 76% pensent que l’Union Européenne a pour objectif de diviser le pays. Ces chiffres laissent penser que ce sont peut-être bien les turcs, les premiers, qui refuseront l’entrée dans l’UE.

Le blocage européen

turkeyLe troisième MAIS ne concerne pas directement la Turquie, mais plutôt l’Europe. Faut-il encore élargir ? L’Union Européenne est déjà un monstre bureaucratique qui peine à avancer. Les refus hollandais et français, puis irlandais du  dernier traité ont accentué le blocage. Aujourd’hui, l’urgence est de structurer, organiser et renforcer. L’ouverture vers l’Europe centrale est déjà un énorme défi qui mobilise ses forces, et la situation économique de la Turquie est un obstacle non négligeable. L’UE a-t-elle la capacité d’absorber les 70 millions de turcs et de tenir les promesses de développement qu’elle fait miroité à ses nouveaux adhérant ?

Le quatrième MAIS, et non le moindre, c’est tout simplement que la majorité de la population européenne est opposée à l’entrée de la Turquie. Que ce soit pour de bonnes ou de mauvaises raisons, les dirigeants peuvent-ils ignorer cela ? N’y a-t-il pas d’abord un débat à mener au sein de l’Union, pour d’évidentes raisons démocratiques ?

Sur le principe, je suis pour l’adhésion turque, sous certaines conditions que j’ai évoquées. En pratique, je ne suis pas sûre que ça soit effectivement réalisable dans un avenir proche. Or, la population turque attend depuis 1963 que les dirigeants européens tiennent leur promesse. Les camouflets successifs reçus à chaque nouvelle demande ont favorisé une opinion négative de l’Europe et un renforcement du nationalisme qui ne sont absolument pas dans l’intérêt de l’Union Européenne.

Le sujet étant sensible, je préfère préciser que je ne suis absolument pas une spécialiste et que ce texte ne représente que mon avis, qui n’est d’ailleurs pas gravé dans le marbre.

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