Hiroshima et la fin du monde

Les 6 et 9 août 1945 sont des dates gravées dans la mémoire collective, non seulement au Japon mais aussi dans le monde entier. Les évènements semblent lointains et dépassés, on se dit que cela n’arrivera plus jamais, mais Hiroshima et Nagasaki marquent un tournant décisif. Il y a un avant et un après : désormais, l’homme est capable de s’autodétruire.

21 Mythes et religions

L’idée de la destruction du monde est une constante dans les mythes, les civilisations et les sociétés. Auteur de La fin du monde, enquête sur l’origine du mythe, Christine Dumas-Reungoat fait cependant la différence entre la fin DU monde et la fin D’UN monde. L’histoire de Noé et du déluge par exemple, qui prend ses racines dans la mythologie mésopotamienne, raconte la fin d’un monde, avec un petit nombre de survivant et le renouveau de la vie après la punition divine. De même, la religion hindouiste affirme que, de façon cyclique, Shiva, le dieu de la destruction, anéanti le monde par le feu puis par l’eau, avant que Vishnu ne fasse renaître la vie. La fin du monde n’est donc pas définitive puisqu’elle se comprend comme un cycle de destruction-rénovation qui perpétue la vie.

Les trois grandes religions monothéistes sont les premières à poser l’idée d’une fin du monde synonyme de néant. Il n’y a qu’un dieu, qu’un seul commencement du monde, donc une seule fin, définitive. C’est dans le christianisme que l’idée de fin du monde est la plus répandue, avec le fameux livre de l’Apocalypse, qui promet cataclysme et chute de Babylone : «Après que de multiples catastrophes auront frappé le monde pêcheur, un ange descendra du ciel et enchaînera le dragon pour mille ans. Alors les justes, ceux qui refusèrent d’adorer la bête, reprendront vie et règneront avec le Christ mille années.» Pour l’an 1000 comme pour l’an 2000 a été ainsi annoncée la destruction du monde.

Nagasakibomb Nucléaire et problèmes écologiques

Ce qu’il y a de commun à tous ces mythes, c’est que c’est par l’intervention divine que les hommes connaîtront la fin. Les catastrophes atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki marquent une rupture : les humains sont maintenant tout à fait capables de provoquer eux-mêmes la fin du monde. Dans La fin du monde, une histoire sans fin, l’historien Lucian Boia écrit : «L’homme a inventé sa propre apocalypse, une apocalypse à visage humain. Pour se supprimer, il n’est plus besoin à présent de recourir exclusivement aux services des dieux et astres lointains ou des forces obscures cachées dans les entrailles de la Terre. Que les cavaliers [de l’apocalypse] arrivent ; on leur prêtera main-forte, en partenaire, sur un pied d’égalité.»

Depuis lors, la situation ne cesse de se dégrader : non seulement l’homme possède l’arme nucléaire, et en quantité suffisante pour effacer sa présence de la Terre, mais en plus, il n’est plus capable d’endiguer la détérioration de la planète qu’il a lui-même provoqué. Les experts les plus alarmistes de l’écologie nous affirment que nous avons atteint un point de non-retour, que notre dépendance aux énergies sales dérègle le monde, lequel se venge par toutes sortes de catastrophes climatiques meurtrières.

En provoquant l’une des pires catastrophes de l’histoire, les hommes ont avancés l’heure de l’horloge de l’apocalypse, décompte virtuel entretenu par la revue américaine Bulletin of the Atomic Scientists pour évaluer les risques nucléaires et environnement. Selon ce cadran, nous sommes au crépuscule du monde : il est déjà 23h55.

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Billet très largement inspiré de l’article « La fin du monde, Mythes, peurs, fantasmes » de Marie-Catherine Mérat publié dans le numéro 109 des Cahiers Sciences & Vie sur les civilisations. 

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2 réflexions sur “Hiroshima et la fin du monde

  1. Pour se supprimer, il n’est plus besoin à présent de recourir exclusivement aux services des dieux et astres lointains ou des forces obscures cachées dans les entrailles de la Terre. Que les cavaliers [de l’apocalypse] arrivent ; on leur prêtera main-forte, en partenaire, sur un pied d’égalité.»

    J’adore cette phrase! Elle suggère une interprétation intéressante de la (stupide) boutade de Voltaire, sur l’homme qui a créé Dieu à son image: on dirait vraiment que nos efforts obstinés ont tendu à nous emparer de ce pouvoir divin de détruire le monde, comme pour dépouiller Dieu du privilège ultime de sa toute-puissance…

    Et la phrase me fait aussi penser à un livre merveilleux — un des rares livres de science-fiction que j’aie aimé, — Un cantique pour Leibowitz, de Walter Miller. Ça raconte exactement ça: l’obstination à rendre le monde de plus en plus inhabitable, jusqu’à ce que l’auto-destruction finisse par apparaître comme la délivrance et la dernière affirmation de la toute-puissance de l’homme…

  2. J’ai adoré la citation aussi !
    L’article était tellement intéressant que je n’ai pas résisté à l’envie d’en reprendre l’idée ici !

    Je ne lis pas de sciences fiction, mais je garde cette référence dans un coin de ma tête, si j’ai l’occasion, je le lirai.

    On peut bien penser que l’homme veut effectivement détruire la planète, quand on voit ce qu’il lui fait subir. Peut être que les préoccupations écologiques de plus en plus « visibles » et des gestes comme celui d’Obama qui dit vouloir faire disparaître le nucléaire sont des signes d’espoir !

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