Muhammad Yunus et le micro-crédit

En 2006, le bangladais Muhammad Yunus a reçu le prix Nobel de la paix. Ce qui a pu surprendre ceux qui connaissaient ses fonctions: Yunus est en effet un économiste. Né en 1940 dans ce qui était encore à l’époque une partie de l’Inde sous colonisation anglaise, il étudie d’abord près de chez lui. En 1957, il étudie l’économie à l’université de Dakha étudier, obtient son diplôme et devient enseignant. Il s’essaie à diriger une entreprise, et rencontre le succès. Mais il décide Muhammad Yunus le 17 mars à Tokyo. Photo AFP/Yoshikazu Tsunofinalement de partir étudier aux États-Unis, où il obtient son doctorat. Il rentre au Bangladesh quelques mois après que le pays ait obtenu son indépendance.

Une banque pour le développement: la Grameen Bank

Il occupe alors le poste de responsable du département d’économie de l’université de Chittagong. La pauvreté qui règne le choque: « Une terrible famine frappait le pays, et j’ai été saisi d’un vertige, voyant que toutes les théories que j’enseignais n’empêchaient pas les gens de mourir autour de moi. »

En étudiant la situation des pauvres, il en vient finalement à la conclusion que le principal problème vient du fait qu’ils n’ont pas accès à des capitaux. Les banques refusent de prêter et les usuriers locaux pratiquent des taux d’intérêts à la limite de l’indécence. L’idée germe alors. En utilisant son propre argent, ils proposent à quelques villageois des « micro-prêts » de quelques dollars, dont les conséquences s’avèrent très positives. En 1977, il crée finalement sa propre banque, la Grameen Bank, qui se consacre au micro-crédit.

Le micro-crédit: qu’est-ce que c’est?

Le fonctionnement est relativement simple. Lors de ses recherches, Yunus a rencontré un groupe d’artisans ayant besoin de 27 dollars pour acheter du bambou. Les banques refusaient de prêter une si petite somme à des clients soi disant insolvables. Yunus a finalement prêté les 27 dollars de sa propre poche, ce qui a permis aux artisans d’acheter le bambou, donc de produire, et même de créer de nouveaux emplois. Ils ont remboursé le prêt sans difficulté. C’est là tout le principe du micro-crédit.

La Grameen Bank propose à des artisans ou entrepreneurs à l’échelle locale des petits prêts, ce qui leur permet de financer leurs activités et d’entrer dans une dynamique de production et de profit. L’impact sur le développement social est considérable car le micro-crédit profite à divers secteurs et directement aux plus pauvres qui peuvent alors améliorer leur situation économique par leurs propres moyens.

Cela a également permis l’accès aux services sociaux de bases, ainsi que la revalorisation de la place et du travail de la femme dans plusieurs pays en développement, car ce sont les femmes qui utilisent en majorité ce système de prêt. Le micro-crédit est donc un vecteur de pacification social et d’amélioration de la vie de ses utilisateurs.

C’est pour cela que Muhammad Yunus et son institution la Grameen Bank ont reçus en 2006 le prix Nobel de la paix. La Grameen Bank a soutenu quelques 2,4 millions d’emprunteurs. Selon la Banque mondiale, il y aurait maintenant près de 10 000 institutions de micro-crédit dans 85 pays qui brassent 30 milliards de dollars. Environ 300 millions de personnes dans le monde en bénéficient.

Profiter de la crise économique pour changer le monde

Muhammad Yunus est intervenu mardi 17 mars 2009 à Tokyo, où il a estimé que la crise financière était une opportunité de changer le fonctionnement du monde de la finance à l’échelle mondiale en faveur des plus démunis.

Dans le journal Le Monde, il a ainsi déclaré: «Le système financier doit être entièrement repensé. Il ne fonctionne pas pour le peuple de toute façon ! Pour les riches, oui ! Les grandes entreprises, oui ! Mais pas pour le peuple […]. Un petit nombre de personnes d’un seul pays avaient créé une situation désastreuse pour le monde entier, [ce qui démontre] la fragilité du système capitaliste actuel.»

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4 réflexions sur “Muhammad Yunus et le micro-crédit

  1. Ben voilà, moi si on m’explique simplement, je comprends le micro-crédit!
    Merci pour cet article très clair. Je trouve intéressant de signaler que les femmes sont, en effet, les premières bénéficiaires de ce système — et aussi de montrer qu’un vrai développement est possible «par en-bas», à partir de petites initiatives répondant à des besoins réels, perçus par ceux qui sont sur place.

  2. Ravie d’avoir pu être utile !

    En effet, c’est à la fois pour les femmes et pour le développement “par en bas” que le micro-crédit est intéressant. Surtout, ce qui est très prometteur, c’est qu’il a essaimée partout dans le monde et que c’est maintenant une solution de crédit accessible par de nombreuses population. J’avais par exemple lu un article d’une adaptation dans un pays d’Amérique du Sud (je ne me souviens malheureusement plus lequel) où la violence urbaine et inter-gang étant très importante, le micro-crédit était réservé exclusivement aux femmes. Ça leur permettait non seulement de s’autonomiser mais aussi d’exercer une pression sur leurs conjoints pour enrayer le cycle de violence.

    Finalement, je trouve que le prix Nobel de la paix lui va bien !

  3. Merci pour le lien Moatthieu (et en hors-sujet total: je suis fan du loup !).

    C’est vrai que le micro-crédit à pris un tel essor et a bénéficié d’une telle publicité que cela ne pouvait qu’attirer des requins.

    Le problème vient aussi, comme le souligne l’auteur de l’article, du crédit de consommation. Dans le monde entier, c’est ce crédit là qui pose problème. Quand je suis arrivée au Québec, j’ai assisté à une conférence sur le crédit, et c’était assez effrayant. Le problème est que les gens n’empruntent plus pour construire quelque chose, comme un foyer en achetant une maison, ou une entreprise. Ils empruntent pour de la consommation immédiate. Et ils accumulent les cartes bancaires. Au final, il faut payer la carte A, donc on prend une carte B, puis une carte C pour payer la A et la B, et ainsi de suite.

    Muhammad Yunus ne proposait pas des prêts dans le but de consommer tout de suite mais de construire. L’idée était à l’origine de donner aux pauvres les moyens de leur propre développement, qu’ils puissent créer eux-même la richesse qui leur permettra ensuite de consommer.

    Mais je ne suis pas étonnée (même si je l’ignorais) que certains aient détourné le concept pour faire des pauvres des consommateurs en puissance.

    Merci en tout cas pour cet autre point de vue sur la question !

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