Fondamentalisme intellectuel

1543022020_small Dans la blogosphère comme dans l’espace public, le débat sur la burqa fait rage, ramenant sur le devant de la scène l’éternelle question de la laïcité française d’une part et de l’islam en France d’autre part. Deux points sur lesquels je ne me prononcerai pas dans ce billet. A vrai dire, c’est plutôt en parcourant les échanges çà et là que je suis tombé sur quelques réactions qui m’ont donné des frissons.

Certains commentateurs, qu’ils soient d’ailleurs résolument opposés au port de la burqa ou fervents défendeurs d’un « libéralisme » qui flirte avec le nihilisme, ont plus en commun qu’ils ne le soupçonnent. Ils sont accrochés à leurs conviction comme des moules à un rocher et n’écoutent même pas leurs interlocuteurs. Du haut de leur argumentaire qu’ils pensent irréfutable, ils interprètent chaque intervention, chaque mot, chaque ligne en fonction du prisme de leurs croyances, érigées en vérités absolues.

Etudiante en science politique, je suis naturellement tombée assez souvent sur ce genre de personnage, in real life (ce qui est tout aussi désagréable que sur la toile). Je ne sais pas comment réagir avec eux, ni comment communiquer, car peu importe ce que je leur dirais, ils ont de toutes façons une réponse prévue qui est censée me satisfaire et clore le débat (et naturellement me rallier à leur cause, la seule, la vraie, sans quoi je suis un terroriste intellectuel qui mérite le pilori).

La même université m’a pourtant enseigné qu’un chic type nommé Karl Popper a dit qu’une théorie scientifique qui ne souffrait aucune contradiction n’était précisément pas scientifique. Il appelle ça la réfutabilité. Avoir des convictions est une chose (une bonne même), mais certains feraient mieux de réviser leur sociologie des sciences.

Ce genre d’ « extrémisme » de la pensée m’effraie vraiment car rien ne semble les atteindre. Leur vision de la vie est gravée dans le marbre, quitte à perpétuer ad vitam aeternam les erreurs. Il y a dans le roman Kafka sur le rivage d’Haruki Murakami un passage qui m’a beaucoup plu, car il mettait des mots sur un sentiment que je n’arrivais pas à verbaliser. Voici l’extrait.

« Des esprits étroits, sans aucune imagination et très intolérants. Les thèses déconnectées de la réalité, les termes vidés de leur sens, les idéaux usurpés, les systèmes rigides. Voilà ce qui me fait vraiment peur. Je crains toutes ces choses et je les exècre du fond du cœur. Qu’est-ce qui est juste ? Bien sur, c’est important de savoir ce qui est juste et injuste. Mais, la plupart du temps, les erreurs de jugements peuvent être rectifiées. Quand on a le courage de reconnaître ses erreurs, on peut les réparer. Or, l’étroitesse d’esprit et l’intolérance sont des parasites qui changent d’hôte et de forme, et continuent éternellement à prospérer. »

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