Sorry, I don’t speak french

Dans l’édition numérique du Devoir, quotidien québécois, j’ai lu un article portant sur la perception du français par les Québécois. 90% de la population québécoise pense que le français est menacé au Québec. Au début, j’étais surprise et dubitative.

Quand je suis arrivée à Montréal, j’ai été amusée de constater que les anglicismes ne sont pas du tout les mêmes. Ma fin de semaine qui comprend le jeudi et le vendredi est leur week-end. Au cinéma, vous ne trouverez pas de pop-corn mais du maïs éclaté. Il y a des garages mais aucun parking. En revanche, ils disent « checker » pour vérifier, « canceler » remplace « annuler » et les structures de phrases empruntent parfois beaucoup à l’anglais.

Je pensais alors que Montréal était la capitale du bilinguisme français/anglais. Ma colocataire était aussi à l’aise en français qu’en anglais. Un mot dans ses conversations avec ses amis ou ses collègues pouvait faire basculer l’échange dans l’autre langue, souvent à mon plus grand embarras. Mais au fur et à mesure de mon séjour dans la Belle province, je me suis rendue compte que ma colocataire était une exception. Si la plupart des Québécois comprennent et parlent l’anglais, ils sont loin d’être bilingues. Beaucoup ne parlent même pas anglais et le refusent catégoriquement. Je trouve ça un peu dommage et, ça ne va pas plaire à mes potentiels lecteurs québécois, un peu exagéré aussi. Cela ressemblait à un comportement de bête traqué !

Un week-end (ou une fin de semaine) à Ottawa m’a conforté dans cette idée. Etant la capitale fédérale, le bilinguisme est la norme. Or, la différence avec Montréal, c’est que ce sont les anglophones qui font cette fois l’effort d’apprendre et de parler le français.

Je commence pourtant à comprendre un peu le malaise des Québécois vis-à-vis de leur langue. D’une, les politiques au fédérale parlent généralement très mal français. Vraiment. Ecouter un politicien anglophone faire un discours en français, c’est tout un spectacle. On dirait qu’ils sont ivres. De deux, il est vrai que l’anglais grignote de plus en plus Montréal. Au centre ville, dans le quartier des affaires, il y a tellement d’hommes et de femmes d’affaire non francophones que les serveurs des bars, cafés et restaurants alentours doivent impérativement maîtriser l’anglais. La langue de Molière, en revanche, est bien moins nécessaire. Il m’est arrivé plusieurs fois de tomber sur des personnes ne parlant pas français, jamais l’inverse. Leur « Sorry, I don’t speak french » qui m’étonnait au début a fini par me gêner un peu. Après tout, ils sont au Québec. Certes, le Canada a officiellement deux langues, mais non seulement la loi 101 fait du français la langue officielle du Québec, mais dans le reste du Canada, l’anglais domine et tout le monde trouve ça normal. Très franchement, tomber, en France, sur un serveur qui ne parle pas français me paraît irréaliste.

Le bilinguisme est une richesse incroyable, et les canadiens ont cette culture de parler plusieurs langues qui fait cruellement défaut à la France. Entendre autant d’anglais que de français et d’espagnole dans les rues de Montréal me plait beaucoup, je peux pourtant comprendre le malaise des Québécois. Les personnes non francophones qui s’établissent durablement au Québec devraient, je pense, faire l’effort d’apprendre la langue. Parce que le bilinguisme, c’est parler les deux langues, autant l’une que l’autre.

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2 réflexions sur “Sorry, I don’t speak french

  1. Le bilinguisme d’Ottawa est trompeur. Ce n’est que dans les musées et organismes fédéraux que le personnel est généralement bilingue. Dès qu’on sort de l’administration publique, dans les restos et magasins, l’unilinguisme anglais redevient la norme. Ce n’est qu’un bilinguisme de façade. D’ailleurs, les statistiques le prouvent: le % de la population qui est bilingue est beaucoup plus élevé à Montréal qu’à Ottawa.

  2. Je veux bien le croire ! Je n’ai passé que trois jours à Ottawa, ce n’est pas assez pour tirer des conclusions !

    Mais j’avoue que le très bon français de la plupart des anglophones m’a (agréablement) surpris ! Je préfère Montréal cependant :)

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