Coïncidences: hasard ou destin ?

lincolnAbraham Lincoln est élu au Congrès en 1846 et accède à la présidence des Etats-Unis en 1860. Un vendredi durant sa présidence, près de son épouse, il est assassiné d’une balle dans la tête. Son vice-président Johnson, né en 1808, lui succède.

John Fitzgerald Kennedy est élu au Congrès en 1946 et accède à la présidence des Etats-Unis en 1960. Un vendredi durant sa présidence, près de son épouse, il est assassiné d’une balle dans la tête. Son vice-président Johnson, né en 1908, lui succède.

L’assassin de Lincoln l’attaqua dans un théâtre avant de se cacher dans un entrepôt. L’assassin de Kennedy l’attaqua dans un entrepôt avant de se cacher dans un cinéma (theatre en anglais). Les noms des deux présidents comporte chacun sept lettres, ceux de leurs assassins, quinze lettres, ceux de leurs vice-présidents, treize lettres. Kennedy est mort dans une voiture de marque Lincoln. Un siècle exactement sépare les deux évènements.

Toutes ses concordances sont surprenantes et il paraît difficile de croire qu’elles ne sont que le fruit du hasard. Pourtant, comme le souligne Jean-Louis Dessales, enseignant-chercheur en sciences cognitives et auteur d’un article intitulé « Destin ou coïncidence ? » dans Cerveau & Psycho, il est fortement improbable que quelqu’un ait orchestré l’assassinat de deux présidents américains à cent ans d’intervalles et avec autant de soins.

kennedy Reste que les coïncidences fascinent. L’explication qu’avance Jean-Louis Dessales est la suivante : ce qui nous paraît extraordinaire, c’est le décalage entre la complexité de la situation et la simplicité de la personne. Il prend un exemple parlant : rencontrer son voisin de palier dans un villages perdu au fin fond du Guatemala. « La production de l’évènement est complexe : elle demande de fixer toutes les circonstances qui ont permis de conduire votre voisin jusqu’à l’endroit de la rencontre. D’un autre côté, la situation est simple à caractériser : il y a un individu en face de vous et sa description est concise, puisque c’est votre voisin de palier. » La coïncidence nous frappe alors d’autant plus pour les gens connus, puisque ce sont les plus simples à définir.

C’est donc ce décalage qui nous alerte et nous donne à penser que le hasard n’est pas le seul responsable. Or, nous repérons ces décalages pour des raisons d’évolution. Le chercheur remonte ainsi aux hommes du Paléolithique. Si plusieurs membres d’un groupe cherchaient à en tuer un autre, ce dernier survivait s’il prenait conscience du changement de comportement de ses congénères. De même, les chasseurs devaient être attentifs au comportement de leurs proies, car repérer une régularité dans le comportement des animaux permettait d’établir des stratégies de chasse. Jean-Louis Dessales explique que ces situations présentent une diminution de la complexité cognitive, c’est-à-dire que les informations nécessaires pour les caractériser baissent : lorsqu’un groupe adopte un comportement coordonné, il devient plus facile à décrire que plusieurs comportements individuels et différenciés. Et c’est cela que nos ancêtres ont appris à identifier.

Notre fascination pour les coïncidences ne démontre donc pas d’un esprit superstitieux mais plutôt d’une intelligence attentive au niveau de complexité des situations auxquelles nous sommes confrontés. Une baisse de la complexité cognitive était ainsi un élément important pour la survie. « Toute simplicité anormale requiert notre attention, car l’enjeu peut se révéler vital. » Ayant souvent des causes réelles, le cerveau humain les associe alors systématiquement à un concours de volonté ou une raison objective. Logique, donc, que même lorsque le hasard est le seul impliqué, nous soupçonnions quelques autres desseins. Non sans raison d’ailleurs, souligne Jean-Louis Dessales, car « le monde n’est pas toujours aléatoire, et il l’est d’autant moins qu’un danger menace. »

Cet article a retenu mon attention, car, effectivement, en prenant conscience des coïncidences qui existent dans les destins de Lincoln et de Kennedy, j’ai été surprise, et je n’ai pas pu m’empêcher de penser que le hasard n’était pas la seule explication. Ce qui est pourtant sûrement le cas. Souvent, quand il nous arrive quelque chose de particuliers, on s’étonne et on a du mal à croire que c’est fortuit. On a pourtant du mal à croire à la notion de destin, qui s’apparente souvent à de la superstition. C’est pourquoi l’article était intéressant, car il donnait les clefs pour comprendre notre fascination pour ce phénomène, d’autant plus que nous avons généralement de bonnes raisons de soupçonner plus que la simple ironie du sort !

« Destin ou coïncidence ? », Jean-Louis Dessales, Cerveau & Psycho n°35 de septembre-octobre.

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2 réflexions sur “Coïncidences: hasard ou destin ?

  1. Chic, les émissions reprennent!

    Moi non plus, je ne me sens pas capable de mettre un commentaire, mais je suis bien content que vous ayez repris «la plume». Et ce billet est très fascinant. Ça fait réfléchir…

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