Une loi contre la fessée

Edwige Antier, pédiatre et députée, va déposer une proposition de loi visant à rendre illégale la fessé et tous les châtiment corporels. Selon elle, ce type de punition ferait augmenter l’agressivité des enfants et n’aurait absolument aucune vertu pédagogique. « On ne peut plus laisser entendre que ce n’est pas grave », a dit Mme Antier, selon le quotidien Le Monde. Elle cite ainsi le Conseil de l’Europe, qui a encouragé son interdiction, ainsi que les cas allemands et suédois, preuves d’un changement des mentalités sur la question.

Cette proposition m’interpelle beaucoup. Qu’est-ce qui serait illégal exactement ? Une gifle, et un parent se retrouve dans l’illégalité ? Ou alors le parlement prévoit-il de fixer un quota ? La députée dit qu’il ne s’agit pas de mettre les parents derrière les barreaux ni de les menacer. De quoi s’agit-il alors ?

Dire que « ce n’est pas grave » est faux ? C’est pourtant le cas à mes yeux. C’est peut être naïf, au mieux, présomptueux, au pire, mais je vois mal ce qu’il y a de grave à prendre une fessé quand elle reste une punition exceptionnelle et justifiée. Combien d’adultes peuvent affirmer n’avoir jamais pris une gifle durant leur enfance ? Je parierai sur assez peu (mais je peux naturellement me tromper). Nous ne sommes pourtant pas tous des névrosés, si ? Il est capital que les parents communiquent avec leurs enfants, surtout pour leur faire comprendre leurs torts, et que la gifle ou la fessé ne soit pas la punition privilégiée à chaque bêtise. Pour autant, expliquer tous les problèmes qu’un enfant peut connaître par le fait qu’il a été un jour frappé par ses parents, c’est un raccourci bien pratique (encore une fois, je ne parle pas ici d’une violence quotidienne et systématique).

Je trouve cette proposition d’autant plus inappropriée que je comprends mal les raisons pour lesquelles elle est faite. De quoi exactement cherche-t-on à protéger les enfants ?

On ne les protègera pas de la violence, car elle n’existe pas que dans sa forme physique. De plus, quand un parent donne une fessé à son enfant, ce n’est jamais de gaité de cœur et sans raison. Quand mes parents m’ont puni, c’était toujours et uniquement dans le but de sanctionner un comportement qui était nuisible, non seulement pour les autres mais aussi pour moi. Peut être que je pousse la logique trop loin, mais par la punition, je comprenais pleinement que mon comportement n’était pas le bon, que « j’avais fait une bêtise ». Certes il y a d’autres moyens de punir et d’autres moyens de faire comprendre à un enfant ce qui ne va pas, mais la fessé n’est pas un geste de tortionnaire sadique qu’il faut criminaliser. Naturellement, et je n’insisterai jamais assez dessus, je n’encourage pas à la violence. Si ce genre de punition était efficace pour ma sœur et moi quand nous étions enfants, c’est uniquement parce qu’elle était très rare et toujours justifiée.

Récemment, j’ai vu le film « Le Ruban Blanc », et je me suis estimée chanceuse de ne pas être née à cette époque où les châtiments corporels étaient normaux et même conseillés. La violence qui se dégage de ce film n’est absolument pas réparatrice, dans le sens où la communication entre les adultes et les enfants n’existent pas, de telle sorte que les premiers semblent s’être seulement soulagés de leur colère et que les seconds ne comprennent pas leur faute et n’ont pour les adultes qu’une vague indifférence teintée de mépris. Ce genre de rapport n’est plus autorisé de nos jours. Mais interdire la fessé, c’est pousser la logique trop loin, c’est essayer de préserver les enfants et les enfermer dans un rôle de petite chose fragile qui risque de se briser sans crier gare. Quand j’étais enfant, il fallait un peu plus qu’une gifle, même non méritée, pour me traumatiser. Et chacun doit faire face à la violence du monde un jour ou l’autre. Que ce soit à l’école, l’université, ou plus tard dans le monde du travail, on se retrouve nécessairement confronté à une certaine violence psychologique, en rencontrant des gens « mauvais » et malveillants. C’est autrement plus traumatisant qu’une fessé qu’on a mérité.

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4 réflexions sur “Une loi contre la fessée

  1. «C’est autrement plus traumatisant qu’une fessée qu’on a mérité.»

    Oui! d’autant plus que la fessée par papa ou maman est une fessée contrôlée, tandis que celle de la rue, elle peut se finir à l’hosto ou à avaler des barbituriques.

    Disons que la fessée (ou plutôt la menace de fessée) est à la vraie violence ce que le vaccin de Pasteur est à une épidémie. Le principe actif est tout aussi invisible et fonctionne pourtant de la même façon : on fait connaissance avec, on s’endurcit. (Mais là, ce n’est argument « que » de bon sens, donc pas assez noble pour un petit monde gavé de chiffres, références et dossiers).

    Cependant, remettre certains bienfaits en question s’appuie ici exclusivement sur le retour en force de la « superstition » (c’est-à-dire une vérité « non vérifiable », donc à croire sur parole, donc fragile et contestable aussi).

    Va t-on aussi remettre en question l’existence de l’infiniment petit au prétexte qu’on a besoin d’un microscope pour y accéder ?! J’espère bien que non. Bref. La portée de telles initiatives législatives, totalement irresponsables dès lors qu’elles ne sont pas mûrement pesées, va au-delà de la « fessée ».

    Moi, j’ai plutôt le sentiment que cette idée d’interdire la fessée est un peu comme celle de dire : si vous mettez un cadenas à votre porte, c’est que vous avez quelque chose à cacher ! Vision angélique du monde. Vendredi, Rousseau & Cie. Agréable surtout quand on n’a soi-même rien à craindre du monde.

    Avec une telle « logique », il faudrait interdire de se laver car «seuls les gens sales ont besoin de se laver !»

    Mais concluons : l’objectif n°1 de la dame était bien entendu de faire parler de soi juste avant les élections.

    PS : je signale que la proposition de loi n’a même pas été examinée, et que l’affaire a permis de découvrir une condamnation pour détournement de fonds.
    PS2 : une remarque : l’auteur ne signe pas ses articles !?

  2. Bonjour Yann,

    Je suis assez d’accord avec votre commentaire, sauf que je trouve peut-être que vous poussez la logique un peu loin avec le « ne nous lavons plus, seuls les gens sales en ont besoin ». Mais globalement, je suis d’accord.
    Aujourd’hui, avec le spectre des violences faites aux enfants, on fait des amalgames, à tel point qu’on finit par mettre dans le même panier ces violences (condamnables, cela va sans dire) et des punitions parentales qui n’ont rien à voir. On essaie vraiment de culpabiliser les parents, c’est vraiment mesquin et inutile.

    Merci pour le PS, c’est intéressant à savoir ! Et comme vous dites, ça sent la manoeuvre quelque peu démagogue en vue d’élection !

    PS2: c’est moi l’auteur ! Je me présente dans l' »à propos » et je suis la seule à écrire sur ce blog, alors je ne mets pas mon nom à chaque fin de billet.

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