Historiquement correct : Les croisades

Suite des chroniques sur le livre de Jean Sévillia, Historiquement Correct. Le second chapitre s’attaque aux croisades, vaste sujet sur lequel nous avons énormément d’idées préconçues et que nous connaissons généralement bien mal (quand je dis « nous », c’est le commun des mortels, avec une culture générale basique, ça exclut certains de mes lecteurs dont j’admire l’esprit et la culture !).

Commençons par le début : combien de croisade, quand, et par qui ? Elles sont au nombre de huit et s’étalent sur une période de près de deux cents ans, entre 1095 et 1270. Le terme « croisade » est par ailleurs postérieur aux premières croisades. On parlait de pèlerinage, passage, voyage outre-mer… Le terme n’apparaît qu’au début du 13e siècle. Il est également bon de rappeler que l’Europe est alors profondément chrétienne. Cette foi est aujourd’hui considérée avec mépris. Mais il faut souligner que la naïveté des contemporains, la dévotion populaire, la piété, l’adoration des reliques à l’authenticité douteuse et l’obscurantisme ont aussi été combattus par le pape, les évêques et le clergé.

La première croisade au nom de la foi

Les croisades sont aujourd’hui vues comme le comportement opportuniste des seigneurs, voulant piller les lieux saints, adoptant pour cela des comportements barbares et se montrant sans pitié envers leurs adversaires. Une vision en plein dans l’historiquement correct, affirme Jean Sévillia.

Il se trouve en effet que l’objectif de la première croisade est essentiellement religieux. À l’époque, les chrétiens suivent les pas du Christ dans les lieux saints : Bethléem, Nazareth et Jérusalem. Or, en 638, Jérusalem est conquise par les Arabes. Les chrétiens deviennent donc des dhimmi et doivent subir les aléas de cette condition : paiement d’un impôt spécial, interdiction de la construction de nouveaux lieux de culte. La tolérance est donc très relative. L’accès aux lieux saints, cependant, demeure.

A partir de 1009, la situation se dégrade : le calife El-Hakim ouvre la persécution contre les chrétiens et fait détruire le Saint-Sépulcre. En 1078, les Turcs musulmans s’emparent de Jérusalem et interrompent les pèlerinages.

La première croisade répond donc à une exigence exclusivement religieuse : délivrer les lieux saints. Le 27 novembre 1095, le pape Urbain II lance un appel pour « se rendre au secours des chrétiens ». C’est le peuple qui l’entend d’abord, et qui se met en marche vers l’Orient début 1096. La première croisade est donc une croisade populaire, composée de petites gens, 12 000 personnes en tout. Le 10 août 1096, cette première croisade se fait massacrer par les Turcs.

Trois ans plus tard, en juin 1099, 30 000 hommes mettent le siège devant Jérusalem, arrachée l’année précédente par les Egyptiens. Le 15 juillet, la cité tombe aux mains des Chrétiens. C’est une véritable tuerie, mais qui rend compte de la façon de fonctionner de l’époque : « les francs se sont conduits comme tous les soldats de l’époque, et notamment leurs ennemis », souligne Jean Sévillia. De même, les pillages sont considérés comme un juste paiement pour le voyage effectué. Pour les seigneurs, qui devaient entretenir soldats et petites gens, et fournir l’équipement, ces voyages étaient particulièrement coûteux, et beaucoup d’entre eux sont sortis totalement ruinés des croisades. De nombreuses terres en friches beaucoup plus proche que l’Orient promettaient bien plus de richesses. La première croisade n’a pas répondu à l’appât du gain.

Les huit croisades

Un royaume latin est institué après la prise de Jérusalem, avec Godefroi de Bouillon à sa tête. D’autres Etats chrétiens sont crées. Les croisades n’auront alors plus que pour but de renforcer ou secourir ces Etats latins implantés en Orient. Les préoccupations politiques et militaires s’ajoutent à la préoccupation morale.

Il n’y a cependant pas eu de colonies de peuplement, les francs restant à Jérusalem sont une minorité. L’essentiel retourne d’où il vient. Pour protéger les lieux saints, des ordres sont créé : les Hospitaliers en 1113, les Templiers en 1118.

Après une période de répit, les musulmans reprennent les Etats latins, au fur et à mesure, provoquant donc de nouvelles vagues de croisades.

  • Prise d’Edesse en 1144 par les musulmans de Syrie : deuxième croisade menée en 1147. Elle échoue à cause de la mésentente de l’empereur Conrad III et du roi Louis VII.
  • Prise de Jérusalem en 1187 par le sultan Saladin : troisième croisade entre 1189 et 1192, conduite par l’empereur Frédéric Barberousse, le roi de France Philippe Auguste et le roi d’Angleterre Richard Cœur de Lion. Ils n’obtiennent que la reprise des pèlerinages.
  • Le pape Innocent III lance une quatrième croisade en 1202, visant l’Egypte cette fois-ci. Mais les troupes mettront à sac Constantinople en avril 1204, et Innocent III se retrouve contraint de dénoncer ses propres troupes. Cet évènement rendra irrémédiable le schisme de 1054 entre la chrétienté latine et la chrétienté d’Orient.
  • La cinquième croisade, entre 1217 et 1221 est encore prêchée par Innocent III, et continuée par son successeur, Honorius III.
  • L’empereur Frédéric II de Hofenstaufen dirigera la sixième croisade et la reconquête de Bethléem, Nazareth et Jérusalem en 1228/1229. Mais la ville sainte est reprise en 1244 par les musulmans.
  • La septième croisade (1248-1254) vise de nouveau l’Egypte. Saint Louis est fait prisonnier et n’est libéré qu’en échange d’une rançon et de la restitution de Damiette.
  • La huitième croisade, enfin, en 1270, se solde par un désastre, car Saint Louis y trouve la mort. « En 1291, la perte de Saint-Jean-d’Acre signe la fin des établissements chrétiens en Orient », conclut Jean Sévillia.

Tolérance et intolérance

Ces deux siècles ont été des moments de confrontations importantes entre l’Orient et l’Occident, mais il y a eu aussi des moments de trêves, de paix, et de cohabitations. Des influences mutuelles se sont produites. Les Francs établis ou nés en Orient après la croisade sont appelés les Poulains, et développent une culture particulière entre éloignement de la patrie et cohabitation avec l’islam. Les chrétiens font payer un impôt aux musulmans et tolèrent leur culte. Mais les trêves sont de courte durée, tout comme les Etats latins eux-mêmes, qui durent généralement moins d’un siècle (à l’exception d’Antioche). Ceux-ci ont bénéficié d’un répit d’autant plus long que le monde musulman était lui-même divisé, sans quoi, la chute des Etats latins aurait été encore plus rapide. Il n’y a pas de tolérance au sens où on l’emploie aujourd’hui.

Les croisades restent une réponse à l’expansion de l’islam, expansion qui ne s’est pas passé dans la douceur. Saladin était un homme intelligent, « et relativement tolérant, puisqu’il arrêta le bras des fanatiques qui voulaient raser le Saint-Sépulcre », explique Jean Sévillia. Mais il a pratiqué le djihad sans scrupules ni restriction.

En 1453, c’est la prise de Constantinople par les Turcs. Jean Sévillia écrit que cela aurait du arriver dès 1090. Les croisades ont permis de donner un répit de trois siècle et demi à l’Europe, qui pendant près de quatre siècle, vit sous la menace turque. Les croisades répondent ainsi aux réalités de l’époque médiévales. Aujourd’hui, de tels actes, au nom de la religion, sont impensables. Mais à cette époque, la quasi-totalité du peuple de France était chrétien, ce dont on ne devrait pas avoir à s’excuser aujourd’hui.

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