Le vote des femmes

En 1945, les femmes obtenaient le droit de vote en France. Alors que la France avait été l’un des premiers pays à instaurer le suffrage universel direct masculin, c’est l’un des derniers pays à avoir étendu ce privilège à la population féminine.

À l’occasion de la journée internationale des femmes le 8 mars, Mariette SINEAU, directrice de recherche au Centre de Recherches Politiques de Sciences Po (CEVIPOF), a donné une conférence sur les grandes tendances du vote féminin de la présidentielle de 1965 à celle de 2007.

En 1965, c’est le début de la télévision, et surtout, de la politique à la télévision. C’est un nouveau média qu’il faut apprivoiser, et les hommes politiques s’y essayent avec plus ou moins de talents. D’un côté, cela permet aux féministes de faire davantage entendre leurs revendications. Elles utilisent cette tribune pour interpeler les politiques et la société française. De l’autre côté, le suffrage universel direct n’aidera pas les femmes qui veulent entrer en politique, et la fonction suprême reste dominée par les hommes. Il faut attendre 1974 pour qu’une femme se présente à l’élection présidentielle. À partir de la présidence de Mitterrand, chaque élection verra une femme candidate. Cependant, la différence avec 2007 est que c’est la première fois qu’une femme représente un grand parti avec de sérieuses chances de victoire.

De droite à gauche

Après la guerre, la grande peur qui domine la politique française (et occidentale) est celle du communisme. Les hommes de la troisième République sont réticents à laisser les femmes voter, car ils pensent qu’elles voteront trop à gauche. Or, on constate à l’inverse que les femmes ont tendance à voter plus à droite dans cette période.

De Gaulle, en particulier, bénéficie d’une très bonne audience auprès des femmes : il polarise 55% du vote féminin au premier tour de la présidentielle de 1965 et 61% au second tour. C’est donc la voix des femmes qui permet l’élection du général De Gaulle. Il réalise un score moindre chez les femmes ayant fait des études supérieures. Ce sont surtout femmes âgées, pour des raisons religieuses, qui choisissent le vote conservateur.

Cette corrélation entre la religiosité, l’âge et le conservatisme va perdurer, mais durant la présidence de Pompidou, le vote des femmes opère un revirement vers la gauche qui permettra à Mitterrand d’être élu. Les législatives suivantes assoient encore ce changement : une majorité absolue de femmes accorde sa voix à des candidats de gauche.

Femmes citoyennes

Ce qui a changé, entre De Gaulle et Mitterrand, c’est le niveau socio-économique des Françaises. Elles entrent en masse à l’université, accèdent aux hautes études, et sont de plus en plus nombreuses à devenir salariée. C’est un facteur d’autonomie et de prise de conscience citoyenne.

Dans les années 70, les thématiques féministes deviennent un enjeu important et sont au centre des débats et des programmes. Les mutations sont intellectuelles et idéologiques : baisse des valeurs religieuses, importances des valeurs post matérialistes telle que la libération sexuelle. Des clivages générationnels apparaissent. Les générations nées après 45 vont beaucoup moins à l’Église, elles sont donc moins conservatrices.

A partir de 1995, le genre n’est plus un déterminant majeur du vote. À une différence près : l’extrême droite. Depuis l’entrée électorale du Front National en 1984, les femmes votent beaucoup moins en faveur de l’extrême droite, et ce pour toutes les présidentielles. Ainsi, si en 2002, les si l’on ne prend en compte que le vote féminin, Jean Marie Le Pen n’aurait pas accédé au second tour. Si l’on ne regarde que le vote masculin, il aurait été en tête au premier tour.

Ce refus de l’extrême droit est visible chez deux catégories de femmes : les très jeunes femmes, diplômées et actives, qui s’oppose au FN à cause de son machisme, et les femmes âgées, par conservatisme et religiosité.

Le vote de 2007

Ségolène Royal est la première femme à avoir eu une réelle chance d’entrer à l’Elysée. Elle a eu de particulier de faire usage de son genre, de sa qualité de femme, d’épouse et de mère. C’est une première.

Le vote aussi a changé. On n’observe plus aujourd’hui de différence marquée entre le vote des homme et celui des femmes. La différence aujourd’hui est celle que la sociologie américaine appelle le gender generation gap : chez les jeunes, les femmes sont plus à gauche que les hommes. Chez les personnes âgées, c’est l’inverse, les femmes sont plus à droite. Ainsi, Ségolène Royal a totalisé 60% du vote jeune au second tour de la présidentielle de 2007, et 69% des jeunes femmes. À l’inverse, 70% des femmes de 60 ans et plus ont voté pour Nicolas Sarkozy à ce même second tour. Ségolène Royal est la candidate des jeunes femmes célibataires, Nicolas Sarkozy celui des veuves. Ségolène Royal est la préférée des jeunes femmes actives et urbaines, Nicolas Sarkozy celui des femmes inactives en zone rurale. Et ainsi de suite. Ce clivage est relativement nouveau en France, alors qu’il est bien connu de nos voisins anglo-saxons. La différence religieuse, en revanche, persiste : les catholique continuent de voter majoritairement à droite, et les sans religion à gauche.

Il est cependant intéressant de noter, en guise de conclusion, que le vote des femmes a toujours été indépendant. Pas ou peu d’influence du mari ou du père. En 1945, déjà, les femmes sont majoritaires dans la population française : beaucoup d’hommes sont morts à la guerre. Par la suite, on constate des différences entre les hommes et les femmes à chaque élection. Et elles continuent de bouder l’extrême droite. Pour Mariette Sineau, il n’y a donc aucun doute que les femmes ont toujours et continuent de voter selon leur seule conscience.

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Une réflexion sur “Le vote des femmes

  1. Merci,

    Et si le vote n’avait aujourd’hui plus l’importance décisive qu’il ait pu avoir avant ? Devrait-on se réjouir d’un droit qui ne serait alors plus que le fantôme de lui même… A moins de continuer à croire que le choix est bel est bien réel, que le vote est bel et bien utile, que le symbole est bel est bien dépassé..

    En attendant, il y a des combats qui sont en cours et qui nécessite des bras pour être menés à bien .. ->
    http://affairesfamiliales.wordpress.com/2012/01/17/reponse-dun-homme-au-feminisme-lache/

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