Les contes de fées

Ou la véritable histoire du petit chaperon rouge. Et de la Belle au bois dormant.

Le Chat Botté, par Gustave Doré

Qui, enfant, n’a pas entendu de contes de fées ? D’histoires de princes charmants sauvant une princesse ? Je fais partie de la génération Walt Disney. J’ai été biberonné aux princesses fades attendant passivement un prince charmant sur son blanc destrier. Et j’adorais ça. Chaque nouveau film était l’occasion d’une sortie cinéma en famille, chaque sortie de cassette une occasion de cadeau. Impossible d’entendre « Sous l’océan » ou « Hakuna Matata » sans se souvenirs par cœur des paroles et les fredonner avec plaisir.

Mais il est amusant de constater que les contes que les enfants entendent et retiennent sont souvent à des lieues de la version originale !

De l’oral à l’écrit

La première trace de Cendrillon, c’est en 1547. La Belle au bois dormant apparaît au 15ème siècle dans un conte de la table ronde. Dans la première version, le prince est déjà marié et fait des enfants à la Belle au bois dormant dans son sommeil ! Le Petit Chaperon rouge serait une métaphore du passage de l’enfance à l’adolescence. La petite fille vêtue de rouge (couleur des menstruations) en passe de devenir une jeune femme, doit atteindre la maison de sa grand-mère en échappant au loup, prédateur sexuel, mais finit dans son lit ! Dans les premières versions, le rouge n’est pourtant pas mentionné…

Le Petit Chaperon Rouge, par Gustave Dore

Les versions originales sont donc bien plus violentes que leurs transpositions actuelles. Au Moyen Âge, on ne se souciait pas autant qu’aujourd’hui de protéger les enfants. Les contes étaient une tradition orale, et les conteurs racontaient leurs histoires, le soir, pour effrayer les enfants autant que pour divertir les parents. Ils conservaient une structure à chaque fois, et adaptaient les détails en fonction du public. Mais les contes se finissent souvent mal, leur violence renvoient au quotidien de ceux qui les écoutent : les paysans du Moyen Âge mènent des existences marquée par la souffrance, la mort et la maladie. Le conte confirme que la vie est cruelle. Il faut cependant se méfier d’un regard trop misérabiliste sur le moyen âge. Leurs vies étaient aussi faite de joie et de créativité, ce dont les contes de fées sont une belle illustration.

En mettant les contes par écrit, Charles Perrault et les frères Grimm ont opéré une première aseptisation des histoires, pour qu’elles conviennent à un public plus bourgeois, qui commence à s’inquiéter des répercussions sur les enfants.

Contes conservateurs

Les analyses des contes de fées s’accordent pour dire qu’ils se caractérisent alors par un certain conservatisme, car ils véhiculent les valeurs dominantes. Or, ils étaient très lus : après la Bible, les contes des frères Grimm étaient les ouvrages les plus lus à leur époque.

La Belle au Bois Dormant, par Gustave Dore

Les rôles sociaux dépeints dans ces histoires sont de véritables archétypes. Les filles sont invitées à s’identifier à la princesse, qui se caractérise par son élégance, son obéissance, sa passivité, son goût du sacrifice et du don de soi. Le bonheur féminin réside dans la conformité aux normes patriarcales, et l’héroïne se consacre au succès de son homme et à la reproduction (« ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants… »). Le seul domaine dans lequel elle a pouvoirs est l’espace domestique. À l’inverse, le monde extérieur est l’espace que le héros peut et doit conquérir. Le garçon est invité à s’identifier au guerrier, mû par un désir d’aventure, de gloire, de reconnaissance et de richesse (et la fille fait partie de la récompense). Cette opposition se retrouve jusque dans la mythologie grecque, avec Hermès et Hestia.

Beaucoup d’analystes ont critiqué ce sexisme, et même le racisme des contes (le dragon à tuer étant une métaphore de l’étranger). C’est pourquoi ils se sont attelés à la tâche de faire des contes véhiculant des valeurs d’égalitarisme, de pacifisme, et d’antiracisme, comme Janosch, qui a revisité les contes Grimm.

Walt Disney est un très bon exemple de l’aspect conservateur des contes, car chaque histoire a été considérablement transformée pour correspondre aux valeurs américaines. Ainsi, le baiser rédempteur du prince et le « happy end » ont remplacé la mort, la violence et le sexe. Mais, comme le rappelle Jack Zypes (Les Contes de fées et l’Art de la subversion), grâce à aux œuvres d’Hayao Miyazaki et des studio Dreamwork (Shrek), la subversion et la complexité initiale des contes n’est pas perdue.

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2 réflexions sur “Les contes de fées

  1. Bonjour,
    Je me présente Sara-Eve. Je suis spécialiste de lecture enfantine. J’ai bien aimé ton article sur l’antécédent des contes de fées qui nous a tous tant fait rêvé étant enfant… C’est toujours amusant(et à la fois inquiétant) savoir à qu’elle point les choses changes, évolues, se transforme avec le temps. Nos valeurs culturels changent bien vite. Quoi que 15 siècles ça fait un bail de cela.. hahaha

    Tout cela pour en venir au fait que ton blog m’inspire beaucoup. Continue!

    Bonne continuation,

    Sara

    • Bonjour Sara-Eve,
      Merci pour ton commentaire :) J’ai aussi été très surprise d’apprendre à quel point les contes avaient changé. La Belle au Bois Dormant, par exemple, provient d’un conte qui s’appelle « La Lune, le Soleil et Thalie », si je ne me trompe pas (d’ailleurs, il y a une erreur dans l’article, c’est le 14e siècle, et pas le 15e).
      J’essaye de continuer ce blog, mais j’avoue que je manque d’assiduité ! Merci pour tes encouragements !

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