Fleur du désert, un témoignage sur l’excision

J’ai hésité un moment à écrire sur ce film. Parce qu’écrire sur le cinéma, c’est quelque chose que je fais mal. Je ne trouve jamais les bons mots, je répète toujours les mêmes choses, les mêmes expressions, les mêmes sentiments. Je suis très bonne spectatrice, mais mauvaise critique.

Pourtant, ce film, j’ai envie d’en parler. Peut-être parce que c’est le sujet plus que la forme d’expression qui importe. Depuis un mois, ça me trotte dans la tête, j’y pense régulièrement et ça m’indigne à chaque fois. J’ai envie de partager ça, et après tout, c’est bien à cela que sert un blog.

Waris Dirie, à droite, et son interprète à l'écran, Liya Kebede

Fleur du désert raconte l’histoire de Waris Dirie. Elle appartenait à une famille somalienne nomade dont elle s’est enfuit le jour où son père a voulu la marier à un homme bien plus vieux qu’elle. Grâce à sa grand-mère, la petite fille de 13 ans rejoint sa tante à Londres et reste confinée dans le cercle de sa famille pendant six ans. Puis, la guerre civile somalienne éclate, et la jeune fille doit apprendre à se débrouiller seule dans la capitale. Elle rencontre une jeune anglaise qui l’aidera et deviendra son amie. Un photographe célèbre la repère et la fait poser pour lui. Elle deviendra en quelques années un top modèle de renommé internationale.

Ça pourrait n’être qu’une belle histoire vraie de plus, un conte à la Cendrillon. Mais Waris Dirie n’est pas qu’une belle plante qui a eu la chance de rencontrer les bonnes personnes. C’est l’une des premières à avoir parlé publiquement de ce qu’elle, comme tant d’autres fillettes, a subi étant enfant : l’excision. Son témoignage l’a conduite à devenir, à la demande de Kofi Anan, ambassadrice de l’Onu chargée des questions de mutilations sexuelles.

Si le film vaut vraiment le coup d’être vu, c’est pour cette histoire. On pourrait lui reprocher d’être un peu convenu. On est touché parce qu’on est censé l’être. De plus, le scénario prend pas mal de libertés avec la vie de Waris Dirie telle qu’elle l’a réellement été. Et pourtant, j’ai trouvé que c’était un film magnifique. La belle Liya Kebede, mannequin éthiopien, interprète avec justesse et justice son personnage, la musique est envoûtante et l’esthétique générale du film bouleversante. Les seconds rôles, tel Marilyn, l’amie de Waris, apporte une touche d’humour au film et entretiennent l’intérêt du spectateur.

Je pense sincèrement que c’est un film qu’il faut voir. Parce que c’est le genre de film qui est beau, et qui porte un véritable message en même temps, qui gonfle le cœur d’indignation et de tristesse. D’autant plus que ce message est encore d’actualité. Si l’excision avait disparu, on pourrait se contenter d’un regard admiratif sur le courage de Waris Dirie tout en se disant « Quelle horreur cette chose-là ! », puis penser à autre chose. Mais ce n’est pas possible. Depuis un mois, je me sens dérangée et mal à l’aise. L’Onu estime que 130 millions de femmes aujourd’hui dans le monde ont subi une mutilation génitale, essentiellement en Afrique noire et au Moyen-Orient, et que 30 millions de fillettes sont menacées de subir ce sort. D’après une étude de l’Ined (Institut national d’études démographiques) 53 000 femmes en France sont excisées.

Waris Dirie a réellement fait beaucoup pour faire cesser l‘excision. Grâce à elle, beaucoup de pays ont reconnu que cette pratique culturelle était barbare et sans aucun fondement religieux, et donc qu’elle devait être interdite. Mais « beaucoup », ce n’est pas assez. Que des femmes, aujourd’hui, aient encore à subir pareille torture me dépasse complètement. Et c’est aussi, je pense, la mission et le point fort du film: nous faire prendre conscience de l’horreur de l’excision et de l’absolue nécessité de la combattre.

« Partout où l’homme a dégradé la femme, il s’est dégradé lui-même » disait le mathématicien Joseph Fourier, au XVIIe siècle. C’est encore d’actualité.

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