Du sang pour de l’or

J’ai toujours été contre la corrida. Mais ça ne sert pas à grand chose de débattre et d’argumenter. Parce que la corrida, c’est un peu comme la chasse : les opinions des uns et des autres sont arrêtées, et l’on ne change jamais d’avis. On se hait copieusement de chaque côté, brandissant toujours les mêmes arguments. Au mieux, on s’ignore, se drapant dans un voile d’indifférence méprisant.

Pourtant, le billet « De sang et d’or » sur le blog d’Aliocha m’a fait réfléchir toute la matinée et m’a donné envie d’aborder tout de même le sujet. Elle y cite L’art de birlibirloque de José Bergamin. Et celui-ci nous dit, en substance, que les gens qui n’aiment pas la corrida réagissent avec leurs sentiments, et laisse leur intelligence de côté en la matière (bon, c’est un petit peu plus subtil que ça, lisez donc la citation directement sur le blog d’Aliocha). La tauromachie, ajoute-t-il, est un jeu de courage et d’héroïsme, un art qui renvoie aux grandes interrogations humaines sur la Vie et la Mort. Et il finit par incriminer ce «romantisme de l’utilité», dont parle «le critique du pragmatisme René Berthelot», et qui est si souvent l’argument des antis corrida.

Aoutch. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on en prend pour son grade, quand on désapprouve la corrida. Outre la condescendance légèrement insultante du ton employé (par l’auteur, pas par Aliocha), je ne suis pas du tout d’accord sur le fond (quelle surprise !). D’abord, sur le courage et l’héroïsme. J’admets volontiers qu’il faut avoir pas mal de courage pour entrer dans une arène où vous attendent 400 kg de colère et d’agressivité. Mais pourquoi mettre l’animal à mort ? Les aficionados disent que la mort n’est pas ce qui plait, que l’intérêt réside dans le combat qui se mène avant. Pourtant, il existe des courses de taureaux, ou encore des spectacles durant lesquels les hommes dans l’arène sautent par dessus le taureau, l’évite en virevoltant et jouent avec lui. Ca demande aussi du courage. Mais tuer une bête pour le simple plaisir du combat qui a précédé, ça m’échappe. Je me permet de reprendre les mots de LhommeDebout, qu’il a laissé en commentaire sous le billet d’Aliocha : «Oter la vie est à la portée de n’importe quelle créature, qu’elle soit humaine ou animale. Ma fierté d’homme, c’est que je peux refuser de tuer lorsque les circonstances ne l’exigent pas. Et dans un spectacle dont l’issue est programmée à l’avance (…), je ne vois aucun héroïsme, ni gloire, ni perfection, ni vertu, qui puisse justifier la mise à mort d’un adversaire lorsque les nécessités ne l’imposent pas.»

On en arrive donc à cette fameuse utilité. «Tuer un animal quand ce n’est pas utile, c’est cruel !» – «Humph ! Pourquoi parler d’utilité, c’est de l’art !».

Je suppose que la définition de l’art varie selon les personnes. Quand à l’utilité,  je trouve ça assez malhonnête d’essayer d’en faire un argument sans valeur. En parlant d’un « romantisme de l’utilité », on nous dit finalement que l’utilité n’est rien d’autres qu’une mode un peu bête, à laquelle nous succombons tous. On nous laisse comprendre gentiment que c’est un argument mâché et remâché, tellement cliché qu’il n’a pas vraiment de valeur, car on n’y a pas vraiment réfléchi. Mais parfois, quand les choses sont devenues des clichés, c’est pour une bonne raison. Si la question de la nécessité (en l’occurrence de la non-nécessité de tuer un animal) est sans cesse mise en avant, c’est peut-être parce qu’elle est pertinente, percutante et légitime. De plus, l’utilité et le besoin motivent le progrès, et ce depuis des temps immémoriaux. L’homme n’a probablement pas inventé la roue pour des considérations purement artistiques, si ? Cela soulève une autre question : jusqu’au peut-on aller au nom de l’Art et de la Beauté ? Et pourquoi donc l’Homme s’arroge-t-il le droit de décider de la vie et de la mort des animaux sous prétexte qu’il est le plus malin du règne animal ?

Pour ceux qui veulent pousser la réflexion, quelques articles :
• Frédéric Saumade s’applique à montrer la différence entre tauromachie et le sacrifice
• François Carrière s’intéresse pour sa part à la philosophie de la corrida (en trois partie)

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2 réflexions sur “Du sang pour de l’or

  1. Moi non plus je ne comprends pas, ça m’echappe. Pourtant on m’a élevé dans ce monde là et on m’obligeait à y aller aux corridas. J’ai fini par encourager le toro et l’applaudir pour régler ce problème. A force de gêner le gens avec mon comportement, on a fini par ne plus m’y emmener. :D

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