Corporatisme

Corporatisme (n. m.) : Défense exclusive des intérêts particuliers d’une catégorie de personnes. (Larousse)

Alors que la définition du Larousse est relativement neutre, le corporatisme est l’un des reproches principals que l’on peut adresser à une profession, et qui justifie qu’on disqualifie toutes ses revendications. Quand Nicolas Sarkozy met en cause les magistrats, qui se rebellent, la majorité des Français approuvent le mouvement, mais considèrent la justice comme une profession corporatiste qui n’est pas suffisamment mise en face de ses responsabilités quand elle échoue. Quand les diplomates montent au créneau et que l’un d’eux, bien huilé et en maillot de bain, défraie la chronique en Tunisie, revient encore le leitmotiv lapidaire du corporatisme. En regardant un passage de l’émission Top Chef, je n’ai pas pu m’empêcher de trouver que certains participants étaient un peu méprisants envers quelqu’un n’appartenant pas à la « grande » cuisine, celle qui a des étoiles et les honneurs. Et le mot m’est venu à la bouche sans même y réfléchir : « ils sont un peu corporatistes, tout de même ». Et ne parlons même pas des politiciens, qui détiennent probablement la palme d’or en la matière.

Mais à mieux s’y arrêter, ne suis-je pas, moi aussi, un peu corporatiste ? Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a bien longtemps que journaliste a cessé d’être une profession prestigieuse – sauf éventuellement quand il s’agit de quelques stars du métier. A chaque journal télévisé, à chaque lecture d’un article, ça ne loupe pas : un commentaire sur l’incompétence des journalistes par ci, une remarque sur la connivence avec les sources par là, un rictus vaguement méprisant pour un article de fait divers à la qualité informative douteuse… Sans compter tous les interviewés qui veulent nous apprendre à écrire, les bien-pensants qui veulent nous apprendre à raisonner, et les intéressés qui nous prennent pour des agences de publicité. Alors, des fois, quand taper sur le métier que j’ai choisi devient le divertissement de la soirée, je m’agace et je défends des articles et des choix rédactionnels que j’aurais pu moi-même trouver discutables. Juste pour la beauté du geste. Parce que finalement, c’est très facile de juger des travers présumés ou réels d’une profession et de se faire grand donneur de leçon qui sait tout. Mais on ne connaît que la réalité du métier que l’on exerce. Mes professeurs me disaient toujours : peu importe les difficultés que l’on rencontre lorsqu’on écrit un article. Le lecteur n’a pas à le savoir. La seule chose qui compte, c’est le résultat. Je suis d’accord avec cette consigne, mais j’ai aussi vu que des défauts évidents dans des articles pouvaient s’expliquer par d’insolubles problèmes en amont. Ce n’est pas une excuse, mais c’est certainement une explication. Si c’est vrai dans mon métier, c’est valables pour les autres.

Et après tout, c’est non seulement logique, mais aussi rassurant, que l’on défende son corps de métier. Si les magistrats et les diplomates ne croient plus en leur propre profession, qui le fera à leur place ?

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s