La bataille du salaire minimum

Le 1er mai est entrée en vigueur la nouvelle législation défendue par le gouvernement qui établit, pour la première fois à Hong Kong, un salaire minimum. Mais aussi bien les employeurs que les employés sont très critiques.

28HKD par heure, soit un peu plus de 2,50€ : c’est probablement l’un des chiffres clefs de l’année 2011 pour Hong Kong. Après des années de conflits et plus de 40 heures de débats, le Legislative Council a validé le très controversé Minimum Wage Ordinance, la loi sur le salaire minimum, présentée par le gouvernement comme une avancée majeure dans l’histoire économique du territoire.

10% de la population concernée
La partie était pourtant loin d’être gagnée. En 2008, Donald Tsang, défendait âprement un concept qui n’avait pas encore convaincu les chefs d’entreprise. « C’est un sujet de société qui est discuté depuis des années, s’impatiente le chef de l’exécutif. Les employés sont pourtant la principale force d’une entreprise. C’est dans l’intérêt des employeurs que de se préoccuper de leur bien-être financier et moral. » Près de 315.000 personnes sont concernées par l’instauration de salaire minimum, soit 10% de la population, dont certains n’étaient payés que $2 de l’heure (moins de 0,20€). En sont exclus, en revanche, les quelques 300.000 helpers, principalement venus des Philippines.

Les représentants des employés ne sont cependant pas encore satisfaits. Hong Kong se dote d’un salaire minimum, certes, mais de l’un des plus bas parmi les pays développés. Au Japon voisin, le minimum salarial est d’un peu plus de 7€ par heure, comme au Canada. Il atteint les 5€ aux Etats-Unis et il dépasse les 8€ en France et en Belgique. Selon les syndicats, le montant légal ne suffira donc pas à couvrir les frais de vie courante pour de nombreux ménages. Lee Cheuk Yan, membre du Legco et secrétaire général de la Hong Kong Confederation of Trade Unions, a regretté « une victoire amère » et appelé de ses vœux une augmentation du salaire minimum à 33HKD (2,96€).

L’économie la plus libre du monde
Du côté des employeurs, on ne décolère pas. De nombreux patrons affirment que le coût sera trop élevé et conduira à des licenciements en série. Sans compter que c’est une remise en question de l’économie libre de Hong Kong. Exemple du capitalisme dans son plus bel appareil, le territoire a été labellisé l’économie « la plus libre du monde » depuis plus de 15 ans par le think tank américain The Heritage Foundation. Avant même la mise en vigueur de la loi, de nombreux conflits ont éclatés entre employeurs et employés. Des patrons ont ainsi réécrit le contrat de leurs employés en supprimant les congés payés et les pauses déjeuners rémunérées, des avantages qui ne sont pas rendus obligatoires par la loi, comme l’a rappelé le Ministre du travail, Matthew Cheung.

Pour le gouvernement, l’instauration d’un salaire minimum est un moyen d’apaiser les tensions sociales qui augmentent en même temps que les inégalités. Alors que le nombre de personnes vivant à Hong Kong sous le seuil de pauvreté a atteint le chiffre record de 1,26 million, soit près de 20% de la population, le magazine Forbes a publié la liste de 40 milliardaires hongkongais, dont la richesse a progressé de 21% début 2011, capitalisant quelque HKD 163 milliards (un peu plus de 14,5 milliards d’euros). Selon un rapport de l’ONU, c’est à Hong Kong que le fossé entre les salaires les plus élevés et les salaires les plus bas est le plus important en Asie. Le 1er mai dernier, le chef de l’exécutif Donald Tsang a donc présenté le salaire minimum comme une solution aux « conflits sociaux et économiques » pointés du doigt par Pékin lors de la visite à Hong Kong du Premier ministre Wen Jiabao, en décembre dernier.

Le contrat est pourtant loin d’être rempli. Leung Yiu Chung, représentant du Neighbourhood and Worker’s Service Centre, a souligné que, non seulement le montant du salaire minimum n’était pas assez élevé, mais surtout le législateur n’a pas pris en compte l’inflation. Selon les chiffres officiels, les prix ont augmenté de près de 3% par rapport à l’an dernier. Les salaires, eux, n’ont pas suivi.

[article écrit pour lepetitjournal.com/hongkong]

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