Ce qui l’islam dit sur les femmes

Mon premier contact avec le sujet a eu lieu en 2008, lors d’une conférence sur le féminisme musulman, organisée par une université de Montréal. C’était fascinant. J’étais en stage dans un magazine Québécois et ce fut l’un de mes premiers articles publiés. Mais deux pages ne suffisent pas pour expliquer tous les tenants et les aboutissants. C’est pourquoi, quand j’ai du choisir un sujet de mémoire de recherche, l’année suivante, j’ai décidé de travailler sur le féminisme musulman.
J’ai traité la question plusieurs fois sur ce blog. Aujourd’hui, ce sur quoi j’ai envie d’écrire, c’est ce que dit le Coran à propos de la femme. Parce qu’il y a encore tellement d’idées reçues, aussi bien parmi les athées et les croyants d’autres religions que parmi les musulmans eux-même. Pour ce mémoire, j’ai rencontré des femmes qui se définissaient à la fois comme féministes et comme musulmanes, tout en refusant le concept de « féminisme musulman », trop étriqué à leur goût. Plusieurs d’entre elles sont érudites et toutes sont convaincues d’une chose : le Coran a été utilisé par les hommes qui détenaient le pouvoir et qui voulaient le conserver. L’interprétation du texte qui domine aujourd’hui est davantage le produit des coutumes tribales et de domination patriarcale qu’une lecture honnête et fidèle de l’islam. En clair : le Coran établit clairement l’égalité entre les hommes et les femmes. Mais il est brandit aujourd’hui par tous ceux qui veulent exclure les femmes de la vie civile.
« Dans la religion musulmane, on ne pourra ramener l’égalité entre homme et femme qui existe dans le Coran et dans les hadith [les paroles de Mahomet, le prophète de l’islam] que si on se réapproprie l’islam en tant que femmes, m’expliquait une féministe musulmane. C’est justement l’effort d’interprétation. » Au Xe siècle, un double processus démarre dans le monde musulman : d’une part, les femmes se voient interdire l’accès aux textes sacrés, et d’autres part les autorités religieuses et politiques entravent l’effort d’interprétation de certains exégètes, afin de privilégier les lectures les plus traditionnelles.
De nombreuses femmes dans le monde musulman entreprennent donc, aujourd’hui, de déconstruire ce qu’elles considèrent comme de mauvaises lectures de l’islam et proposent des traductions plus conformes à leur vision de la religion. Mais le droit islamique, qui rassemble les obligations morales et légales auxquelles sont assujettis les musulmans, est particulièrement complexe, d’autant plus que la langue arabe est polysémique : un verset coranique peut ainsi être interprété de manières très différentes, voire contradictoires.
Prenons l’exemple de deuxième sourate, « Al-Baqara ». Le verset 282 aborde la question de la valeur du témoignage d’une femme : « Si le débiteur est gaspilleur ou faible, ou incapable de dicter lui-même, que son représentant dicte alors en toute justice. Faites-en témoigner par deux témoins d’entre vos hommes. A défaut de deux hommes, un homme et deux femmes d’entre ceux que vous agréez comme témoins, en sorte que si l’une d’elles s’égare, l’autre puisse lui rappeler. » Conclusion : la parole d’un homme équivaut à celle de deux femmes. Réponse des féministes musulmanes : Pas si vite ! Ekaterina Yahyaoui Krivenko, docteur en droit au Centre d’études et de recherches internationales (Cerium) de l’Université de Montréal et spécialisée en droit islamique, apporte une autre lumière sur la question : cette sourate s’inscrit dans un contexte très précis, celui des contrats de dettes à échéance. À l’époque de la production de ce verset (VIIe siècle de l’ère chrétienne), les femmes sont très peu éduquées et ne participent pas à la sphère financière. Elles n’en connaissent pas les règles. Les savants musulmans estiment donc à l’époque que si une femme était sollicitée en tant que témoin dans le cadre d’un contrat de dettes à échéance, il valait mieux qu’elle soit accompagnée d’une seconde femme au cas où elle ne comprendrait pas tout. La principale justification de ce verset (et la seule, soutiennent les exégètes féministes) repose donc sur le manque d’instruction des femmes. Or, ce n’est plus le cas aujourd’hui : les femmes sont éduquées, font des études et sont pleinement capables d’être sûres de leur jugement et de leur témoignage. D’autant plus que la sourate 24, « La Lumière », établit l’égalité de jugement entre l’homme et la femme dans le domaine des affaires familiales. Pourtant, les conservateurs ont sorti la sourate « Al-Baqara » de son contexte, l’ont généralisée à tous les types de témoignages dans tous les cas de figure, et ont décidé d’ignorer la sourate 24. Ils ont donné la prévalence à la lecture la plus patriarcale du texte.
Les exemples sont nombreux, je ne les énumèrerais pas tous dans ce billet déjà trop long. En fin de compte, le débat pourrait se résumer grossièrement à ceci : littéralistes vs. modernistes. Les premiers défendent une lecture des textes qui se maintient depuis la fin du Xe siècle et qui est considérée comme la seule interprétation fidèle du Coran et des hadith. Remettre en question cette lecture équivaut à remettre en question le Coran dans son ensemble et toute tentative de réinterprétation est du domaine du blasphème. Les seconds, en revanche, estiment qu’il faut remettre les textes dans leur contexte et utiliser l’ijtihad, un outil proposé par le Coran pour adapter le texte au contexte spatio-temporel des croyants. Mais ça, je vous en parlerai une prochaine fois !

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