La mort en ligne

545 000 personnes meurent chaque année en France. S’il existe un secteur qui ne connaît pas la crise, c’est bien l’industrie funéraire. Sur les quinze dernières années, son chiffre d’affaires a augmenté de plus de 50%. Selon les chiffres de l’Insee, il pèse plus de deux milliards d’euro. Mais la révolution 2.0 a-t-elle atteint l’industrie funéraire ? Le secteur n’en est pas à son premier bouleversement. C’est un métier qui existe depuis la nuit des temps et qui s’est exercé de manières très différentes selon les époques.

Depuis plusieurs années, la mort se numérise. L’informatique et Internet deviennent des vecteurs privilégiés pour honorer ses morts, préparer des funérailles, s’informer et anticiper un décès. Bien que les entreprises traditionnelles s’initient peu à peu aux nouvelles technologies, elles demeurent timides et relativement conservatrices. En revanche, de nouveaux acteurs émergent et semblent brouiller les lignes traditionnelles de la profession. Cimetières en ligne, retransmissions de cérémonies funéraires en direct, coffres-forts numériques… autant de prestations qui rencontrent un accueil poli mais dubitatif des opérateurs officiels du secteur.

La plupart des entreprises de pompes funèbres se sont équipées pour offrir à l’internaute des estimations de prix, un espace de condoléance en ligne, des informations générales sur le déroulement des obsèques ou encore des contrats de prévoyance. Dans une société sans cesse plus complexe, le besoin d’information se fait ressentir 24h/24. Conséquence de la mondialisation, il est de plus en plus fréquent de devoir transporter un corps par delà les frontières. Les normes administratives, les différents modes d’inhumation ou de crémation, les spécificités de l’organisation d’une cérémonie constituent autant d’éléments méconnus, sur lesquels les entreprises prodiguent renseignements et conseils grâce au numérique. Les familles peuvent ainsi obtenir une idée précise des prix pratiqués sans se déplacer. Internet permet de décomplexer les familles face à une demande de devis dans le funéraire.

Globalement, le constat est positif : ces services en ligne permettent d’aller vers plus de transparence, plus d’information et plus de visibilité d’un sujet dont on parle peu. Mais on est encore loin d’un modèle 100% virtuel. Le sociologue Tanguy Chatel a mené une étude sur le rapport à la mort dans la société française. Il a tout constaté que, dans une société surfant sur les nouvelles technologies et l’innovation, la mort et les obsèques demeurent un rite sacré. Si les cimetières virtuels connaissent un certain engouement, ils ne remplacent pas les cimetières physique. Le marbre l’emporte encore sur le pixel. Ce souci du traditionnel marque l’ensemble des rituels accompagnant la mort. Bien que les cérémonies se personnalisent et se sécularisent, la nouveauté n’est pas toujours bien reçue. Les messages post mortem, par exemple, ne font pas l’unanimité. L’innovation est tolérée pour un mariage ou un baptême, nettement moins pour des funérailles.

« La mort est le commencement de l’immortalité », disait Robespierre. Au 21e siècle, l’éternité prend une toute autre dimension. Tombes virtuelles, coffres-forts numériques et social dead-working se bousculent sur la toile. Le phénomène est mondial. Deathwitch.com aux États-Unis ou mylastletter.co.uk en Grande Bretagne proposent un système d’alerte mail pour informer une liste de contacts d’un décès. Au Japon, un code-barre appliqué sur une tombe, lisible sur un smartphone, connecte à un mausolée virtuel retraçant la vie du défunt. Memoiredesvies.com, lancé à la Toussaint 2009, se présente comme un cimetière virtuel permettant aux utilisateurs de créer un mémorial en ligne à grand renfort de photos, textes et vidéos. La société a récemment mis un point un système de retransmission des cérémonies funéraires, disponible en direct par Internet, mais aussi en VOD et en DVD. Laviedapres.com a choisit le créneau du coffre-fort numérique et du journal de vie. Les utilisateurs peuvent créer un compte et y stocker des messages à destination de leurs proches, mais aussi des documents importants tels que des copies de contrats et l’ensemble de leurs mots de passe. Nombreux sont les internautes qui veulent s’assurer que leur « moi » numérique ne leur survivra pas.

La révolution Internet n’a pas bouleversé l’industrie funéraire. Si les innovations dans le domaine de la mort en ligne continuent de se multiplier, elles rencontrent encore relativement peu d’écho auprès des professionnels qui oscillent entre le doute et l’indifférence. Deux marchés parallèles se font face et peu de liens se tissent entre eux. Malgré un coeur d’activité a priori commun, les deux mondes restent relativement hermétiques l’un à l’autre.

[L’article complet, écrit pour Le Nouvel Economiste]

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