Crémation ou inhumation ?

Depuis 2007, les intentions de crémation ont dépassé celles d’inhumation. J’ai découvert cela alors que je travaillais sur cet article sur les services funéraires en ligne. Je ne m’y attendais pas, même si l’incinération a provoqué un certain engouement, on dirait presque un phénomène de mode. Alors que, il y a seulement quinze ans, moins de 20% de la population française voulait être incinérée, aujourd’hui nous sommes une majorité dans ce cas là. Oui, nous. Depuis que je suis toute petite, j’apprécie moyennement l’idée d’être enterrée, de “reposer“ dans un espace sombre, froid et confiné. En revanche, l’idée que mon corps disparaisse, la symbolique du feu, de l’air et de la lumière me conviennent beaucoup plus. Quant à mes cendres, j’aimerai qu’elles soient dispersées dans la nature, et plus précisément dans la mer. C’est d’ailleurs le cas de la majorité des personnes qui veulent être incinérées : elles sont 47% à préférer la dispersion (plutôt que de rester dans une urne, surtout qu’il est désormais interdit de conserver une urne funéraire chez soi, elle doit être placée dans un colombarium ou dans une tombe), de préférence dans la nature. Bon, d’un point de vue purement technique, il est bon de savoir que la notion de “pleine nature“ n’est pas définie juridiquement. Votre jardin, par contre, n’est pas considéré comme la nature (même si vous avez plein de fleurs) et il est donc défendu d’y déposer des cendres. Techniquement, je vois mal, non seulement comment on pourrait vous en empêcher, mais surtout comment on pourrait réparer le “tord“.

Ce qui m’a davantage surpris encore, au cours de mes recherches, ce sont les raisons qui poussent un nombre grandissant d’individus à s’orienter vers la crémation. Je pensais que, comme moi, c’était plus une question de philosophie, si l’on peut appeler ça comme ça. Mais nombreux sont ceux qui s’imaginent que la crémation est non seulement moins chère, mais aussi plus écologique que l’inhumation. Deux idées qui exaspèrent les syndicats de pompes funèbres à qui j’ai parlé. Le coût moyen pour organiser des obsèques se situe autour de 4 000€. On est d’accord : c’est très cher, surtout si on prend en plus en compte le fait qu’on est obligé d’engager la dépense (dans les six jours qui suivent le décès) et qu’on n’est généralement pas en état de réagir sereinement et rationnellement quand on vient de perdre un proche. Mais la crémation n’est pas une solution de facilité : aussi bien au niveau de l’organisation que du prix, la différence avec l’inhumation n’est pas flagrante. Quant à l’aspect écologique… faire brûler un corps demande une quantité d’énergie très importante. Sans parler des rejets de dioxydes de carbone dans l’atmosphère. On n’y gagne pas vraiment.

Le sociologue Tanguy Chatel a mené une étude très intéressante sur la fin de vie, sur les cérémonies et des rites qui entourent la mort dans la société française. Selon lui, la crémation ne va pas reléguer l’enterrement au rang de pratique marginale. Certains “optimistes“ estiment que, dans quelques années, on sera sur un rapport de 75% de crémation pour 25% d’inhumation. Mais Tanguy Chatel n’est pas d’accord. Selon lui, les personnes qui ont participé à une cérémonie crématoire l’ont assez mal vécu : d’une, la salle est souvent perçue comme froide, sans âme. Comparé à une église qui a une histoire et une chaleur qui ont un sens, les salles de crématoriums ont l’air vide. De deux, une urne, c’est beaucoup plus petit que ce qu’on imagine. La différence entre la taille d’une urne et celle d’un corps a souvent été très choquante pour les proches, qui n’arrivent pas à faire le lien entre le défunt et l’objet qu’ils tiennent entre les mains. Je n’ai participé qu’à deux cérémonies d’obsèques. La première prenait place dans une église. C’est vrai que le lieu concourrait à l’émotion, parce qu’il veut dire quelque chose. La seconde s’est passé dans un crématorium. Et clairement, même si cela n’a pas remis en cause mon choix, l’ambiance était étrange. Je n’avais pas l’impression d’assister à des funérailles, parce que la salle ressemblait presque à une pièce de réunion lambda, neutre et froide. Mais de plus en plus, les crématoriums prennent conscience de ce manque. Une amie me racontait récemment avoir visité un bâtiment tout de glace et de mur blanc, situé au milieu des bois. Peut-être que dans vingt ou trente ans, ces endroits auront réussi à créer et faire accepter leur propres codes architecturaux et leur propre âme.

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