Journalisme et politique : liaisons dangereuses ?

Si, ce dimanche, les urnes donnent raisons aux sondages, la première dame de France sera une journaliste, Valérie Trierweiler, chroniqueuse politique de Paris Match. Une première en France. Au début du mois de décembre dernier, M, le magazine du Monde, consacrait son dossier principal à ces « nouvelles liaisons dangereuses » dont la médiatisation est de plus en plus importante. Loin d’être une nouveauté, les relations entre les journalistes et les politiques ne se vivent pourtant plus de la même manière.

DSK et Anne Sinclair, Jean Louis Borloo et Béatrice Schönberg, Arnaud Montebourg et Audrey Pulvar, Bernard Kouchner et Christine Ockrent… Même s’ils ne sont pas si nombreux que ça, les couples journalistes-politiques ne sont pas non plus anecdotiques. « Au commencement était un monde d’hommes », écrit Judith Perrignon dans l’article Secrets d’alcôve du magazine du Monde. Journalistes mâles à politiques mâles. Et puis, les femmes ont débarqué. Arriva ce qui devait arriver : les relations d’amitiés viriles sont devenues des histoires de cœur et de corps. Françoise Giroud envoie à l’Assemblée nationale ses « Amazones », les trois jeunes femmes du service politique de L’Express. Elles sont censées donner corps aux idées abstraites avec charme et finesse. Catherine Nay déboule au parlement en minijupe bleu et cuissarde blanches. Effet garanti. Comme on dit de l’autre côté de la Manche, the rest is history.

Séduction, séduction. Avant, la liaison restait plus ou moins secrète. Au pire, un secret de polichinelle. Aujourd’hui, elle s’affiche. Avril 1992 : François Mitterrand est interviewé par Christine Ockrent et Anne Sinclair, toutes deux en couple avec des hommes politiques, de surcroît ministres dans son gouvernement. Toutefois, cette exhibition n’est pas sans conséquence, généralement pour les femmes. La plupart sont rapidement écartées des services qu’elles occupaient. Elles mettent leur carrière en pause, leurs ambitions en sourdine et elles abandonnent le journalisme politique pour se concentrer sur d’autres thématiques. Au moins pour le moment. Le cas Arnaud Montebourg et Audrey Pulvar à ceci de particulier que le premier, avant de tomber amoureux de la deuxième, avait vertement attaqué Béatrice Schönberg, présentatrice du journal de 20h et accessoirement épouse de Jean-Louis Borloo, pour le conflit d’intérêt entre sa vie professionnelle et sa vie privée. L’histoire de l’arroseur arrosé a beau être vieille comme le monde, elle ne se démode pas. Audrey Pulvar, qui officiait sur i>Télé et France Inter, se fait remercier des émissions politiques. Sur France 2, sa présence n’est pas du goût de tout le monde. Quant à Arnaud Montebourg, même s’il reconnaît que ce ne sont pas toujours les femmes qui devraient assumer les conséquences de ces liaisons, il n’est pas prêt à ralentir sa carrière pour autant.

La « mise au placard » d’Audrey Pulvar déclenche chez moi plusieurs réactions pas toujours conciliables. Mon côté idéaliste et un peu naïf voudrait bien qu’on applique la présomption d’innocence : être en couple avec une figure politique ne signifie pas forcément que l’on se compromet. Mon côté féministe grince des dents : pourquoi une femme ne pourrait-elle pas être professionnelle parce qu’elle aime un homme de pouvoir et pourquoi la réduire à son compagnon ? Mon côté pragmatique se résigne : être influencé(e) par son couple, lorsqu’il interfère avec sa vie professionnelle, c’est tout bêtement humain. Mon côté nihiliste est las : franchement, de quoi je me mêle ? Chacun mène la vie qu’il entend et le reste ne nous regarde pas. Mon côté rigoriste s’inquiète : d’un point de vue éthique, le conflit d’intérêt est évident. (Oui, ça fait beaucoup de côté, chacun ses fardeaux).

Je sais que j’enfonce quelques portes ouvertes. Mais quand on parle d’amours entre journalistes et politiques, on oublie de mentionner que ce ne sont pas les seules relations potentiellement compromettantes dans le vase clos fermé du pouvoir et des médias. Les amitiés profondes entre politiciens et figures médiatiques, tout aussi préjudiciables que sont supposées l’être les romances, restent perçues comme une réussite pour un journaliste, une « proximité productive », écrit Judith Perrignon. Deux poids, deux mesures. Il est cependant amusant de constater que si les règles du jeu ne changent pas tellement, les joueurs, eux, ne sont plus tout à fait les mêmes. Rachida Dati, Rama Yade et Nathalie Kosciusko-Morizet, toutes décrites à un moment ou à un autre comme « atout charme » du président Sarkozy, suivront-elles le chemin de leurs collègues masculin ? Les nouvelles Amazones ne sont peut-être pas celles que l’on croit.

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