Journal de France

Nelson Mandela fixe l’objectif de la caméra de son regard doux et profond. Une minute. Soixante secondes entières sans dire un mot. En arrière-plan, la voix de Claudine Nougaret explique aux spectateurs médusés que, quand on demande à Nelson Mandela une minute de silence, il n’a pas besoin de montre. En prison, pour survivre, il fallait savoir mesurer le temps. « Sa minute est parfaite », conclut Claudine Nougaret de sa voix douce et légèrement traînante.

Ce film, c’est Journal de France. Un documentaire sur et par Raymond Depardon, photographe, cinéaste et journaliste qui a parcouru la France de long en large et en travers pour photographier tout ce qui attirait son oeil à la chambre photographique. La chambre photographique, c’est ce gros appareil, monté sur un trépied, avec la petite poire pour déclencher et le morceau de tissu derrière lequel le photographe se cache avant de prendre le cliché. Rythmé par le son du déclencheur, Journal de France nous emmène dans une balade sur les routes françaises, entrecoupées d’images des archives de Raymond Depardon, de 1960 à nos jours, du chaque bout du monde.

Certaines images marquent plus que d’autres. Dans une séquence à couper le souffle, Raymond Depardon filme les mercenaires français au Biafra, lorsqu’après une bataille, l’un d’eux, mortellement blessé, est traîné à travers la jungle après avoir été dépouillé de sa chemise et de ses papiers par les soldats de son propre camp. Autre temps, autre lieu : Depardon vole quelques image de Prague, alors que dans les rues, les manifestants se massent et se pressent, pour faire partir l’occupant russe. Quelques années plus tard, en France, le journaliste filme Valéry Giscard d’Estaing, à l’entre-deux-tour de la présidentielle qu’il remportera. Le futur jeune président, avec une élocution inimitable, explique tranquillement que la stratégie la plus sûre pour remporter le second tour consiste tout simplement à ne rien faire et à capitaliser sur son image rassurante et convenable. VGE empêchera la sortie du film peu de temps après.

Je pourrais continuer à lister ces scènes, ces moments de l’histoire que Raymond Depardon a immortalisé sur sa caméra. Le mieux, c’est pourtant encore d’aller voir le film. Claudine Nougaret, compagne à la ville comme derrière la caméra, qui fut la première femme ingénieur du son en France, donne une voix et un rythme au documentaire. Le son et l’image. Comme le note la journaliste de Polka qui consacre cinq pages au documentaire, ces deux éléments sont presque indépendant l’un de l’autre. Ils sont « à égalité ».

C’est un film qu’il faut voir si l’on s’intéresse au journalisme et/ou à la photo. Mais même si ce n’est pas le cas, Raymond Depardon et Claudine Nougaret offre, avec Journal de France, un voyage au coeur de notre société et dans notre histoire, aussi bien nationale qu’internationale. 110 minutes en immersion dans un autre monde.

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