« Is America the best country in the world ? »

Les États-Unis sont-ils le plus grand pays du monde ? Le meilleur ? Le modèle vers lequel le reste du monde doit tendre, s’il veut un jour s’améliorer ? Vaste question, que je ne m’étais jamais posée (assez logiquement), jusqu’à ce que je commence cette fabuleuse série qu’est The Newsroom. Le premier épisode s’ouvre sur un talk show comme les Américains savent si bien les faire. Will McAvoy, notre héros, répond par des pirouettes à toutes les questions qu’on lui pose (« Pourquoi New York est la plus belle ville du monde ? » – « Les New York Jets » [l’équipe de football américain de NY]). Et puis, s’amène une jeune étudiante, pleine d’idéalisme et d’étoiles dans les yeux, qui demande aux invités d’expliquer pourquoi les États-Unis sont le meilleur pays du monde. « Diversité et opportunité », lance invité n°1. « Liberté et liberté », professe invité n°2. « Les New York Jets », répond Will McAvoy. Hum. Oui, mais là, le présentateur veut une vraie réponse. Alors il pousse Will MacAvoy a exprimer ses réels sentiments. Et il obtient ce qu’il voulait, et même plus : un vibrant discours sur pourquoi non, les USA ne sont pas la plus grande nation qui existe. Elle le fut, mais elle ne l’est plus.

Will
It’s not the greatest country in the world, professor, that’s my answer.

Moderator
[pause] You’re saying—

Will
Yes.

Moderator
Let’s talk about—

Will
Fine. [to the liberal panelist] Sharon, the NEA is a loser. Yeah, it accounts for a penny out of our paychecks, but he [gesturing to the conservative panelist] gets to hit you with it anytime he wants. It doesn’t cost money, it costs votes. It costs airtime and column inches. You know why people don’t like liberals? Because they lose. If liberals are so fuckin’ smart, how come they lose so GODDAM ALWAYS!

And [to the conservative panelist] with a straight face, you’re going to tell students that America’s so starspangled awesome that we’re the only ones in the world who have freedom? Canada has freedom, Japan has freedom, the UK, France, Italy, Germany, Spain, Australia, Belgium has freedom. Two hundred seven sovereign states in the world, like 180 of them have freedom.

And you—sorority girl—yeah—just in case you accidentally wander into a voting booth one day, there are some things you should know, and one of them is that there is absolutely no evidence to support the statement that we’re the greatest country in the world. We’re seventh in literacy, twenty-seventh in math, twenty-second in science, forty-ninth in life expectancy, 178th in infant mortality, third in median household income, number four in labor force, and number four in exports. We lead the world in only three categories: number of incarcerated citizens per capita, number of adults who believe angels are real, and defense spending, where we spend more than the next twenty-six countries combined, twenty-five of whom are allies. None of this is the fault of a 20-year-old college student, but you, nonetheless, are without a doubt, a member of the WORST-period-GENERATION-period-EVER-period, so when you ask what makes us the greatest country in the world, I don’t know what the fuck you’re talking about?! Yosemite?

We sure used to be. We stood up for what was right! We fought for moral reasons, we passed and struck down laws for moral reasons. We waged wars on poverty, not poor people. We sacrificed, we cared about our neighbors, we put our money where our mouths were, and we never beat our chest. We built great big things, made ungodly technological advances, explored the universe, cured diseases, and cultivated the world’s greatest artists and the world’s greatest economy. We reached for the stars, and we acted like men. We aspired to intelligence; we didn’t belittle it; it didn’t make us feel inferior. We didn’t identify ourselves by who we voted for in the last election, and we didn’t scare so easy. And we were able to be all these things and do all these things because we were informed. By great men, men who were revered. The first step in solving any problem is recognizing there is one—America is not the greatest country in the world anymore.

Ce passage est tout simplement fantastique. Pas parce que c’est bon de taper sur les Américains (certes, c’est un sport auquel s’adonne tout un chacun, parce qu’il faut avouer que parfois, c’est facile…). Mais parce que c’est intelligent, c’est bien tourné et ça donne sérieusement à réfléchir. Concrètement, le héros de The Newsroom nous dit tout de même que les USA ont un jour été au top, et qu’ils peuvent y revenir. Mais l’idée même qu’un pays puisse être labélisé « meilleur pays du monde » me paraît aussi ridicule que le créationisme ou les asperges au nutella (aucun rapport, je sais, mais si un jour quelqu’un vous le propose, refusez-le. Conseil d’ami).

Paradoxalement, alors qu’aux États-Unis, la majorité des gens est sincèrement persuadée de vivre dans le plus beau des pays, en France, on a le sentiment inverse : les Français sont les rois du pessimiste collectif et de l’optimisme individuel. D’après les sondages, la plupart des Français pensent que le pays court à sa perte, aussi bien d’un point de vue économique que social ou politique. Pour autant, chacun reste persuadé que sa trajectoire personnelle sera heureuse.

J’ai toujours été très surprise d’entendre les gens, que ce soit mes amis, de simples connaissances ou même de parfaits inconnus expliquer tout le mal qu’ils pensaient de la France. La plupart d’entres eux n’avaient jamais mis les pieds à l’étranger et ça peut expliquer pas mal de chose (quand on a testé l’hôpital au Canada ou le train en Allemagne, on se rend compte que ce n’est pas si mal, chez nous…). Mais certains ont vu d’autres pays et reste tout simplement hermétiques à ce qu’il y a de positif en France.

Finalement, existe-t-il, cet Eldorado ? Le simple fait d’essayer de désigner le « plus beau pays du monde » est voué à l’échec, surtout si on prétend établir des critères objectifs. Certes, le système politique, les infrastructures, les institutions, le niveau culturel sont autant de continuums sur lesquels on peut naviguer du pire au meilleur. Mais les USA, qui pendant des décennies furent la promesse d’un avenir meilleur pour des milliers de migrants, ne me font pas rêver. Oui, c’est une démocratie. Oui il y a la liberté. Mais le système de santé est déplorable, les inégalités ne cessent d’augmenter, les armes à feu sont en libre service. C’est le pays des extrêmes, celui des puritains et des rois de la pornographie (saviez-vous que l’Utah, l’État des Mormons, est également le premier consommateur de pornographie sur Internet ?).

Si ce ne sont pas les États-Unis, alors la France est-elle le plus beau pays du monde ? Certes, nous avons la gastronomie, la beauté naturelle du territoire, la culture. En allemand, « mener la belle vie » se dit « Vivre comme Dieu en France ». Pour autant, les Français ne sont pas beaucoup plus malins que les Américains. Nous sommes d’éternels pessimistes, donneurs de leçons, nostalgiques du temps où la culture française brillait sur l’Europe. Neuf Français sur dix vous diront que les Lumières furent exclusivement françaises alors que ce mouvement embrasa toute l’Europe et que beaucoup d’idées fondatrices de ce que nous appelons aujourd’hui les Lumières ont d’abord émergées chez nos voisins. Et puis, les grèves, quoi. À la moindre tentative de changement (et des fois juste pour la beauté du geste), on fait la grève. Alors, non, la France n’est pas le plus beau pays du monde.

Mais qui, alors ? L’Allemagne ? Le Canada ? Hong Kong ? L’Indonésie ? Le Japon ?
Aucune bonne réponse. Dans The Newsroom, quand cette étudiante affirme avec aplomb que les USA dépassent tous les autres, j’ai ricané, incrédule. Vraiment, il y a des gens qui s’imagine qu’un pays est parfait et que le reste du monde ne peut que l’envier ? Je sais que ce que j’écris revient à enfoncer des portes ouvertes, mais il me semble que le plus bel endroit du monde, c’est celui que l’on choisit. Pour moi, ce n’est pas la France, tant que je n’ai pas vu le reste du monde. À 24 ans, me « contenter » de vivre dans un seul pays quand il y a un monde à découvrir, ça revient à la prison (bon, d’accord, on a vu bien pire comme prison…). Un jour, sûrement, je trouverai l’endroit que j’appellerai mon foyer, et ce pays, que ce soit la France ou un autre, sera à mes yeux le plus beau pays du monde.

Et, pour finir ce déjà trop long post, une dernière chose : regardez The Newsroom ! C’est intelligent, amusant, informatif et très très cathartique !

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2 réflexions sur “« Is America the best country in the world ? »

  1. Est-ce vraiment possible un « plus beau pays du monde »? Chaque pays a ses qualités et ses défauts, à mon sens on ne peut pas tomber amoureux d’une nation sans être aussi conscient de ses points négatifs. Et souvent, ces points négatifs passent par des clichés.
    Le fait d’apprécier un pays étranger visité dépend aussi beaucoup de ce qu’on y a fait, des conditions dans lesquelles on y a vécu, des personnes rencontrées, des expériences vécues, de la ville dans lequel on a vécu aussi… Ce sont des données très subjectives, qui peuvent complètement changer la deuxième fois qu’on y va.

    Du coup, je ne pense pas que ce soit possible de trouver le plus beau pays du monde. Le moins pire oui ! Mais le plus beau… Surtout pour moi en fait, car le pays où je souhaiterais passer ma vie ne peut pas être celui où les gens que j’aime sont absents. Ou du moins, pas trop loin !

    Je n’ai jamais compris les personnes qui disaient tant de mal de la France, et dans le 93 seigneur, j’en entend depuis la petite enfance ! C’est un pays que j’ai toujours apprécié, qui comporte beaucoup d’avantages et je trouve qu’il y a souvent une alternative aux inconvénients. J’aime les contradictions de ce pays, le profond respect envers la culture et l’Histoire pendant qu’à Shanghai on détruit les bâtiments sans pitié pour construire les nouveaux. J’aime le côté ultra-chauvin des Français envers la démocratie. Je préfère ça à la passivité des Anglais par exemple. J’aime le fait qu’ils ne soient pas patriotes mais qu’ils défendent les valeurs de leur pays. Les grèves m’amusent, et en vivant dans le XIème, on ne peut qu’aimer les manifestations!
    et si je ne me vois certainement pas vivre en banlieue parisienne comme durant 20 ans de ma vie, ni même à Paris comme actuellement, c’est bien dans ce pays que je vois ma vie future, en bord de mer tranquille ou en grande ville, ou les deux. Tout en partant en vacances à l’autre bout du monde.

    Ohlala, qu’est-ce que j’ai raconté ma vie moi !

    • Je suis tout à fait d’accord avec toi Annie. D’ailleurs, c’est ce que j’essayais d’écrire dans le post (je ne suis pas sûre d’avoir réussie !). D’une manière générale, je ne vois pas l’intérêt de totalement décrier un pays – ni de le porter aux nues – pour les raisons que tu as souligné. Je suis aussi d’accord avec toi sur le fait que le plus bel endroit, c’est celui où ceux qu’on aime se trouvent. Après tout, même si tu es dans un cadre « parfait », si tu ne peux pas être heureux(se), ça n’a aucun intérêt.
      Mais continue donc de raconter ta vie ma petite grenouille, ça m’intéresse !

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