Roe v. Wade, la question de l’avortement au cœur de la campagne présidentielle américaine

Que va devenir Roe v. Wade ? Telle est la question que se pose le New York Times dans son éditorial du 16 octobre. Roe versus Wade est un fameux jugement de la Cour suprême américaine (l’équivalent de notre Conseil constitutionnel), datant de 1973, à propos du droit à l’avortement : en 1970, Norma McCorvey conteste la loi du Texas établissant l’avortement comme une pratique illégale et choisit le pseudonyme Jane Roe pour assurer son anonymat. Elle perd son procès contre Henry Wade, le procureur de Dallas qui représente l’Etat du Texas, mais fait appel. La Cour suprême se saisit du dossier. Après nombres de rebondissements politiques notamment liés à la campagne présidentielle de Richard Nixon, qui sera réélu en novembre 1972, la Cour conclut que les lois du Texas violent le droit d’une femme à disposer de son corps en décidant de mener sa grossesse à terme ou non. Cette jurisprudence fait écho au débat particulièrement virulent aux États-Unis entre les pro-choix (en faveur d’une légalisation sans contrainte de l’avortement, qui placent le choix des femmes avant toute autre considération) et les pro-vie (qui défendent le foetus comme un être humain disposant des mêmes droits que ceux qui sont déjà nés, et ce dès la conception, favorables à l’interdiction de l’avortement).

Le devenir de l’arrêt Roe v. Wade est aujourd’hui dépendant du résultat au prochain scrutin présidentiel américain, qui aura lieu dans moins de trois semaines, le 6 novembre 2012. Le parti républicain, plus conservateur, s’est historiquement prononcé contre le droit à l’avortement et son candidat, Mitt Romney, n’a pas fait secret de sa volonté d’invalider Roe v. Wade, arguant que la question doit être réglée par les gouvernements de chaque État et non par l’autorité fédérale qu’est la Cour suprême. Le peut-il ? La Cour est composée de neuf juges, qui occupent leur position à vie ou jusqu’à ce qu’ils décident de l’abandonner, nommés par le Président avec le consentement du Sénat. Or, Barack Obama a perdu la majorité absolue au Sénat en janvier 2010 et les Républicains ne sont plus qu’à quatre sièges de la majorité. Si l’un des quatre septuagénaires de la Cour suprême décidaient de prendre sa retraite, Mitt Romney, élu président, pourrait alors y placer un pro-vie et retourner le jugement.

La conséquence quasi-immédiate serait que la moitié des États américains rendraient l’avortement illégal dans les douze mois qui suivraient l’invalidation de Roe v. Wade, selon le Guttmacher Institute, tandis que le Center for Reproductive Rights, qui s’est donné pour mission d’attaquer les restrictions à l’accès à l’avortement qui persistent, avance le chiffre d’une trentaine d’États pro-vie. Car s’il est illégal d’empêcher une femme d’avoir recourt à une IVG si elle le souhaite, dans les faits, de nombreux groupes, souvent religieux, œuvrent pour limiter l’accès à de tels services. Plus de la moitié des États ont ainsi mis en place un certain nombre de barrière, allant de séances de « conseil » obligatoires à des règles de « sûreté » particulièrement onéreuses visant à empêcher les cliniques pro-choix à fonctionner financièrement. Le nombre de services offrant des IVG est passé de 2 900 environ en 1982, à moins de 1 800 aujourd’hui. Dans 97% des zones rurales, il n’existe aucunes structures médicales appropriées.

Pourtant, les études ne manquent pas pour démontrer que, illégal ou non, l’avortement a toujours été pratiqué, avec une constance étonnante dans les chiffres. La pénalisation de l’IVG ne ferait donc que remettre au goût du jour les opérations artisanales et dangereuses qui existent encore dans tous les pays où l’avortement demeure interdit. La situation a ceci d’ubuesque qu’en 1994, Mitt Romney avait soutenu Roe v. Wade contre son rival dans la course pour le poste de sénateur du Massachusetts. Il avait ainsi évoqué le cas d’une connaissance personnelle qui, n’ayant pas pu bénéficier d’une aide médicale officielle, avait eu recourt à un IVG artisanal, ce qui lui avait coûté la vie à cause de complications médicales. Un journaliste a récemment découvert que les parents de la jeune femme avaient appelé à faire des donations au planning familial. La même institution que Mitt Romney a décidé de priver de tout fond public s’il venait à être élu.

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