What if ?

Il n’aura échappé à personne que David Cameron, premier ministre conservateur du Royaume-Uni, a cédé aux ailes eurosceptiques de son parti et a annoncé, le 23 janvier, un référendum sur l’avenir du pays dans l’Union Européenne. Il conditionne le maintien des Britanniques dans l’Union à une réforme de l’UE et à la renégociation de ses liens avec la Grande-Bretagne. En cas de victoire des conservateurs aux élections de 2015, la question sera alors sérieusement posée, d’ici à 2017. Et si les Britanniques votaient oui ?

Avec des origines et des liens familiaux dans toute l’Europe, je suis une convaincue du bienfait de l’UE, même quand elle nous casse les pieds. Parfois, toutefois, je me dis que le Général de Gaulle avait raison : l’Angleterre n’a pas grand chose à faire dans l’Union. Ils ont pris part à l’aventure pour le gain financier et économique qui en découlait. Le « I want my money back » fait partie de la légende de Margaret Thatcher et illustre l’attitude britannique vis-à-vis de leurs investissements sur le vieux continent: okay pour mettre de l’argent, mais à condition que les avantages et les gains dépassent les inconvénients et les sacrifices. Sauf que, ça aussi, ça n’aura échappé à personne, c’est la crise. Et quand certaines parties du monde s’en sortent très bien, le moins que l’on puisse dire, c’est que nous, en Europe, avons du mal à repartir. Du pain béni pour les eurosceptiques qui hurlent que l’UE les saignent aux quatre veines et qu’on n’a pas besoin de ça, non, merci beaucoup, on a déjà nos propres problèmes sans devoir régler ceux des Grecs, des Espagnols, bientôt des Chypriotes et Dieu seul sait qui encore.

Sauf que… la City ne veut pas sortir de l’Union Européenne. Spontanément, avec ma connaissance limitée de la City, je pensais pourtant que les financiers auraient été les premiers à applaudir des deux mains en pleurant de joie, afin de se défaire enfin des contraintes économiques et financières européennes. Que nenni. Déjà, les contraintes économiques et financières restent limitées, le Royaume-Uni n’appartenant pas à l’union monétaire. La supervision des banques, le pacte budgétaire (refusé également par les Tchèques)… Cela ne les concerne pas. Londres octroie moins de 1% de son PIB aux dépenses européennes (alors que la PAC cristallise souvent les tensions franco-britanniques). Ensuite, une partie de la classe politique est très europhile: les libéraux-démocrates, avec lesquels Cameron a formé un gouvernement de coalition, ont vertement critiqué le premier ministre, qualifié de « faible, à la remorque de son parti et non pas guidé par l’intérêt économique national« . Vlan.

Les industriels, eux, verdissent à l’idée du « Brexit », la sortie du Royaume-Uni de l’UE. Et pour cause, ils perdraient l’accès au marché unique, qui représente presque la moitié des exportations britanniques (d’après Le Monde, « le pays vend presque autant à l’Irlande qu’aux BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud)« ). Le rétablissement des barrières douanières ne ferait du bien à personne, ni aux entreprises, ni aux consommateurs, et ceux des deux côtés de la Manche. Du point de vue financier, la GB constitue un point d’entrée en Europe pour les investisseurs étrangers, en particulier venant d’Asie. Mais si les ponts se coupent entre l’île et le continent, les investisseurs chercheront le second pays de l’Union le plus business friendly et quitteront, eux aussi, le sol britannique. Certes, Londres pourrait négocier un statut spécial pour se maintenir dans la zone de libre-échange européenne. Mais est-ce que les autres pays accepteraient un compromis, surtout après un tel soufflet ? Sans compter que la City, qui représente 9% du PIB, constitue la place boursière privilégiée de l’euro, même si la monnaie britannique reste la Livre. Si cette prérogative lui échappe, les pertes seraient violentes. Là aussi, Londres dépendrait du bon vouloir européen pour permettre à la City de rester européenne.

Personnellement, sans prendre en considération toutes les conséquences diplomatiques, économiques, financières, politiques d’un tel acte, j’avoue que toute cette histoire m’irrite. On ne peut pas fonctionner avec une Europe à la carte. En tant qu’individu et avec les quelques informations grappillées, ça et là, dans les médias et dans mes cours d’histoire ces dernières années, le Royaume-Uni me fait penser à un gamin capricieux qui ne veut que les bons côtés du contrat, sans les aspects moins reluisants. Une attitude incroyablement égoïste, d’autant plus absurde qu’ils savaient dans quoi ils s’engageaient: les Britanniques n’ont pas opté pour la voie du partenariat spécial tel qu’il existe par exemple entre la Suisse et l’UE, ils ont intégré l’Union en tant que membre à part entière.

Ce n’est pas la Grande-Bretagne qui a construit l’Europe, ce sont les Allemands, les Belges, les Italiens, les Luxembourgeois, les Néerlandais et les Français. Le retrait britannique serait dommage, certes, mais en visitant Londres, on sent clairement que la plupart des gens ne se sentent pas vraiment européens et qu’ils mettent une distance avec l’UE. Pour reprendre l’expression d’un journaliste du Monde, c’est un mariage de convenance. Si le RU quittait l’Europe, une sorte de partenariat se mettrait sans doute en place pour continuer les relations dans un nombre de domaines réduit. Mais les conséquences politiques pour l’UE seraient désastreuses. David Cameron a ouvert la boîte de Pandore. Est-ce que les Britanniques suivront ? D’après les sondages, le référendum aujourd’hui se conclurait par une victoire du oui. Mais d’ici 2017, les eurosceptiques ont largement le temps de retourner l’opinion. Resteraient alors à définir les modalités d’un divorce qui s’annoncerait douloureux.

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